image Non contents d'avoir travaillé avec les plus grands, les plus grands ont décidé de travailler ensemble. Après Quiver, premier album (2012) de cette formation en trio saluée par les critiques, et plusieurs autres collaborations (entre Ron et Bill plus particulièrement), le cornettiste Ron Miles, le guitariste Bill Frisell et le batteur Brian Blade se sont retrouvés pour un nouvel album qui devrait accompagner avec délicatesse nos soirées automnales au coin du feu. C'est que l'entente musicale est grande entre eux et l'osmose au rendez-vous. On pénètre pour ainsi dire dans une aire hautement fusionnelle, nos trois pointures ne jouant même pas au jeu du chat et de la souris mais s'accompagnant mutuellement sans jamais faillir.

De fait, si le jeu est bien présent, il ne se trouve jamais là où on l'attend : nos hommes ne se cherchent pas, ne s'appellent pas mais fondent entre eux sans commune mesure. Autrement dit, le dialogue importe moins que les silences, les regards, les gestes, les notes. Le trio se passe de formules car il se connait par cœur. Les passerelles entre les trois instruments s'effacent, les différences s'estompent, formant par là ce que recherche toute formation de jazz : une harmonie parfaite. L'équilibre est bien le maître-mot de notre fine équipe. Et dans cet album savamment composé par Ron Miles, c'est une grande ligne mélodique qui s'esquisse de fil en aiguille par touches subtiles. Prenez « Comma », le premier morceau. Voici une invitation musicale d'une finesse et d'un raffinement sans pareil. Les notes s'échappent sans qu'il soit permis à l'auditeur d'en prévoir l'apparition. Chacune prend une densité insoupçonnée, chaque ligne mélodique devient unique. Et le jeu énergique de nos trois compères donne à leur geste musicale une ampleur frappante. Aussi ce mariage minimaliste repose sur un jeu complexe quoiqu'a priori simple qui, telle une brise légère, balaye sur son passage les feuilles d'automne en un joli tourbillon. Pour autant, cette récréation de nos trois compères réclame une attention particulière. C'est qu'il faut une sacrée dextérité pour jouer comme ils le font aujourd'hui. Si le cornet paraît prédominer dans Circuit Rider, en vérité, chaque musicien évolue dans un espace diamétralement similaire. À nous seulement auditeurs chéris d'accepter qu'une telle fusion inter-instrumentale à même de gommer le jeu des différences est possible. Or on l'acceptera d'autant plus difficilement que cette fusion n'exclut pas les variations... Dans cet album, on trouvera deux reprises de Charles Mingus, « Jive Five Flour Four » et « Reincarnation of a Lovebird » magnifiquement interprétées par nos hommes. Et puis surtout, il y a cette reprise de Jimmy Giuffre « Two Kinds of blues » qui clôt à merveille notre album – reprise dans laquelle le trio joue avec une souplesse et une légèreté déconcertante. Nos hommes nous diraient qu'ils effleurent à peine leurs instruments qu'on les croirait. À les écouter, on comprend en tout cas rapidement qu'ils ont beaucoup de tendresse. Et une sensibilité à fleur de peau...ou à fleur d'instrument.

Agathe Boschel Albums de Bill Frisell en collaboration avec Ron miles :  Ron miles with Brian Blade, Quiver (Enja/Yellowbird, 2012)  Ron miles, Heaven (Sterling circle, 2002)  Ron miles, Womans Day (Gramavision, 1997)

Avec Brian Blade :  with Brian Blade and the fellowship band, Landmarks (Blue Note, 2014)

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