51LVibEr50L « Groove Story parle de rythme. Explorer le rythme c'est s'aventurer dans un espace sans frontière et expérimenter des nouvelles émotions et sonorités » déclare Richard Manetti pour la sortie de ce 2ème album sous son nom chez Label Bleu. Si le jeune artiste de 28 ans n'oublie pas son « background » manouche (il suffit d'écouter les quelques accords inauguraux de « Sadness » pour s'en convaincre), il s'en émancipe largement en offrant un album placé sous le signe de l'éclectisme, quelque part entre le jazz, le funk et la fusion. Déjà, avec Why not paru sous le label du même nom en 2011, il avait dévoilé un guitariste bien loin du musicien jazz manouche que l'on connaît, fils du célèbre jazzman Romane, disciple de Django Reinhardt. Richard Manetti et ses compères (Stéphane Guillaume aux saxophones ténor et soprano, Fred D'Oelsnitz au piano et Fender Rhodes, Jean-Marc Jafet à la basse et Yoann Serra à la batterie) n'entendent pas se cantonner à un seul genre et nous le font savoir. Le premier morceau, « Bad town », pose le ton, annonçant toutes les directions de l'album, celle d'une sorte de désinvolture libertaire, euphorisante et aventureuse balayant tout sur son passage.

Groove story, c'est donc sept nouvelles compositions sur dix morceaux, soit, du pain béni ; mais c'est surtout un voyage qui se construit comme l'asymptote du jazz, faisant la part belle à chaque musicien, multipliant les variations et diluant dans un vaste bouillon musical ses quintessences. Avec l'aimable participation de Didier Lockwood (violon) et Cédric Le Donne (pandeiro) lit-on au dos de la pochette. Et il n'est pas anodin que l'ex-membre de Magma ait ajouté sa pierre à l'édifice. Groovy Story se situe dans la droite lignée du groupe de Jazz rock fusion. Un album aux sonorités chaudes donc, comme « Océan », qui a la couleur des soleils rouges de soirs d'été, ou « Sun of the road », avant-dernier morceau plus paisible qui annonce justement un coucher de soleil, celui de notre album.

Avec Groove Story, on parle bien de rythme et d'histoires de groove. Alternant les mouvements tantôt lents tantôt vifs, les compos de Richard Manetti nous soulèvent, nous remuent, nous immergent mais jamais ne nous noient. Si le guitariste s'écarte sans hésiter de sa propre formation, se lançant illico presto dans une rythmique groove singulière -celle-là même qui agite si délicatement nos petits orteils- il n'hésite pas à ménager des pauses dans ses compositions, rétablissant ainsi le calme après la tempête. Et quand sa guitare jazz électrique émerge au détour d'un morceau, c'est comme un grand souffle lyrique qui secoue les eaux latin jazz, charriant dans ses vagues un halo de saveurs, de couleurs et de parfums. Aussi lorsque le silence remplit la pièce après une heure cinq minutes et soixante-sept secondes précises d'extase musicale, on ne l'entend même pas... Tout juste un immense sentiment de plénitude nous submerge. Alors, on s'allonge, sereins, repus, un brin hébétés, surtout, étrangement apaisés comme après un divin repas, copieux mais raffiné !...  Un album rappelant la protéiformité d'un genre qui sans cesse échappe à ses propres frontières, à déguster de ce pas donc, encore et encore !...

Agathe Boschel