nzimbu Ray Lema, Fredy Massamba, Ballou Canta et Rodrigo Viana, Nzimbu, One Drop, sortie le 26 janvier 2015

 

Nzimbu est un projet avant d’être un album. De ceux qu'il est dur de ne pas aimer direct, là, sans réfléchir. Projet géographique : les trois chanteurs réunissent les deux rives du fleuve Congo avec Ray Lema (Congo-Kinshasa) d’un côté, Ballou Canta et Fredy Massamba de l’autre (Congo-Brazzaville). Peut-être lassés de se faire coucou de la main par-dessus la flotte, ils décident de chanter ensemble sur les accords acoustiques de la guitare du Brésilien Rodrigo Viana. Géographique surtout en ce qu’ils explorent avec un talent humble et fou les différentes traditions musicales congolaises ou voisines: chant kikongo a capella en ouverture, rumba kinoise – ainsi nomme-t-on les habitant(e)s de Kinshasa – sur « Aigre-Doux », inspiration pygmée (« Ntoto »), luba, angolaise, etc. Sur « Nsongela », ils se fendent même d’un rap bien vénère, également en kikongo – enfin, suppose-t-on, car j’avoue franchement mes lacunes dans cette idiome…

Projet musical : l’acoustique d’abord, qui donne aux voix toute latitude pour s’attarder dans les chants traditionnels congolais aux monodies envoûtantes. La guitare de Rodrigo Viana, aussi discrète qu’assurée, apporte ses couleurs avec sobriété et imagination : syncopes très latines, blues sur « Lusambu », country parfois. Les interventions du piano de Ray Lema apportent par moments une densité harmonique bienvenue pour des chansons aux mélodies efficaces – « Leila », pas si loin que celle de Clapton tout compte fait. Seul reproche (il en faut, c’est contractuel) : la tentation pop, au sens effectivement négatif du terme, de certains titres dont d’ailleurs « Leila » et surtout « Les oubliés du Kivu », qui tranchent avec les titres plus riches et puisant dans les polyrythmies congolaises ou angolaises une évidence enjouée (« Lusala », « Aigre-Doux »)

Projet politique, comme le souligne hélas « Les Oubliés du Kivu », en français dans le texte. Ritournelle volontairement simplissime dénonçant les viols liés au conflit aux Kivus – profitons-en pour rappeler que la guerre en République Démocratique du Congo reste le conflit le plus meurtrier depuis 1945… Ne serait-ce que pour ce rappel, on est bien content que le quartet ait eu l’idée de se regrouper et de mettre en avant les carrières et talents de ces musiciens célèbres dans leurs pays, moins dans l’hexagone.

Leur album a l’ambition qui convient à leur générosité : celle de faire une musique efficace et entraînante drainant les traditions passées et présentes dans lesquelles ils ont grandi puis travaillé. Une incontestable réussite.

Pierre Tenne

Il n’est pas trop tard pour les Parisiens : le quartet est en concert le 22 janvier 2015 au New Morning!

 

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