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Les plus hérétiques d’entre nous pourraient se dire que le rhythm and blues est mort. En songeant au passé, ils pourraient même penser à ces nouveaux noms du jazz « traditionaliste » comme autant de figures érodant le marbre de la discographie R&B idéale ; celle regroupant Ray Charles, Jack McDuff, Dr. John, Booker T., etc. Ainsi, certains voient en l’avant-gardisme l’unique recherche à mener pour asseoir toute la grandiloquence de leur art… jusqu’à perdre de vue le liminaire historique de cette musique : faire danser. A ces personnes, je dirais : « n’achetez pas ce disque ».

Au-delà, donc, de ce besoin perpétuel de modernisme, il est bien heureusement des jazzmen qui, considérant la valeur historique que l'on prête aux enseignes iconiques de la Great Black Music, pensent qu’il est encore possible d’assurer au blues et à la soul une postérité sincère. Raf D. Backer est de ceux-là.
A l’écoute de ce premier album Rising Joy - produit par son ancien professeur au Conservatoire royal de Bruxelles, Eric Legnini, épaulé de Daniel Romeo - on saisit d’emblée ce qu’implique la notion de « traditionalisme sincère » pour le claviériste. Non pas un regard invariablement tourné vers le passé, mais le déblaiement des possibilités rythmiques infinies du R&B. Si les titres de ce disque (une majorité de compositions originales) ne font pas le voeu de l’excellence lyrique et des arrangements exquis, c’est par leur hétérochromie qu'ils retrouvent, exhaustifs, les plus brillants représentants du genre.
Les influences néo-orléanaises faisant indubitablement la part belle à la fièvre de ce jazz (« Shaky Shake Blues », « Rising Joy », « Full House », « C.C. Rider »), l’idée pourrait être juste nostalgique : revenir à une danse chaude et effrénée en souvenir de ce ragtime qui fit tant fureur dans les années folles. Mais on perçoit également chez ce trio une volonté de rappeler qu’au coeur du R&B fourmillent des styles multiples au groove toujours entraînant, et qu’aucun d’eux n’a perdu de sa splendeur. Jonglant alors sur la corde raide (et enflammée!) de la musique afro-américaine des décennies 60-70, chaque morceau recèle en lui un indéniable sentiment de réchauffé ; il est vrai. Mais, bien malgré tout, l’ensemble constitue une démonstration éclectique et très bien faite des talents de Backer (aussi habile au piano que sur le B3 Hammond ou le Fender Rhodes), Sylvain Romano (contrebasse) et Dré Pallemaerts (batterie), et se laisse écouter aussi agréablement et simplement qu’un bon Jimmy Smith.
Alexandre Lemaire
Raf D. Backer - Rising Joy, Prova Records, 2015

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