peranunzi copy

Une perle… Ni démonstration technique, ni prétention, Double Circle est tout simplement réfléchi. Mettant en scène le duo italien Enrico Pieranunzi (piano) / Federico Casagrande (guitare acoustique), l'album non plonge, dès la première écoute, dans une quiétude intrigante, par-dessus laquelle plane une certaine tristesse. Parcouru d'une indicible légèreté, le disque semble dresser la trame d'une histoire langoureusement haletante, plus mélancolique que romantique. Les phrasés aérés des musiciens ne donnent que peu d'espace à la joie simpliste pour laisser plus de place à la réflexion, à l'oubli de soi. Tel est, en définitive, le sens spirituel de ces ballades : trouver l'apaisement face au gris du monde (couleur, ici, de la pochette). Pour ce faire, l'idée est de nouer le dialogue entre deux instrumentistes de générations et d'influences différentes : d'un côté, le pianiste de 65 ans, bercé par Debussy et dont on ne compte plus les albums -solos ou en sideman de Chet Baker, Lee Konitz ou Charlie Haden, à qui il rend hommage dans le dernier titre- ; de l'autre, un guitariste virtuose originaire de Trévise, à la carrière plus courte, certes, mais non moins honorable (rappelons son premier prix au Gibson Montreux Jazz Festival Competition de 2007, devant George Benson, président du jury). Mais ce qui surprend en premier lieu, c'est avant tout le langage noué entre piano et guitare (deux instruments disposant habituellement en jazz d'un espace harmonique similaire), dans lequel les rôles solistes et rythmiques s’alternent l'air de rien.

On ne sait comment l'alchimie prend si bien, mais il convient de saluer le travail d'écriture des musiciens qui font s'imbriquer avec véhémence les phrases de chacun dans celle de l'autre.  L'attention est dès lors retenue sur cette esthétique apaisée, portant en elle les traits mélodiques d'une certaine musique dite « classique ». Dans une étrange accalmie, certaines phases improvisatrices viennent nous tirer de la douce rêverie, pour nous emmener dans des contrées plus dépaysantes, plus free (« Sector 1 » et « Sector 2 »). Mais la sérénité est à l'horizon... L'hommage très émouvant à Charlie Haden marque le onzième et dernier titre du disque. Il sonne le glas de 48'46 minutes d'étude de formes et d'harmonies luxuriantes. Un travail d'orfèvre à l'italienne, hanté par le seul désir de toucher au cœur, et rien d'autre.

Enrico Pieranunzi & Federico Casagrande – Double Circle, Cam Jazz, 2015

Alexandre Lemaire

 

Member Login
Welcome, (First Name)!

Forgot? Show
Log In
Enter Member Area
My Profile Not a member? Sign up. Log Out