Petros Klampanis. Un jeune contrebassiste et compositeur dont le nom chantant annonce déjà les couleurs d'un album distribué en toute logique par Harmonia Mundi. Minor dispute confirme que la vague balkanaise qui trace sa route depuis les années 2000 n'a décidément pas fini de déferler sur les ondes. Ici les souches du natif de l'île de Zakynthos servent une rythmique frénétique. L'assimilation est fine, sauf quand elle échoue à accomplir son vœu de transparence : j'ai nommé « Thalassaki », une folk song bien connu de nos amis grecs reprise ici en guise de clôture d'album.

Mais faute avouée à demi pardonnée. De toute façon l'assimilation est faussement accomplie, plutôt espièglement créatrice d'un mariage raté où folk et world ont élu domicile. Sous le lyrisme balkanique dont le percussionniste et batteur John Hadfield souligne la rythmique quasi fiévreuse, sous la suavité classique qui répond aux périodes d'accalmie du pianiste Jean-Michel Pilc, sous le raffinement poli du jazz fusion se cache la fracture. Petros Klampanis, en bon cabotin insulaire, s'amuse à contrarier une certaine linéarité mélodique qui serait jugée trop facile par les experts mais que l'oreille voudrait parfois surprendre – à tort - comme dans la tourbillonnante « Lily's promenade ». Il faut bien l'admettre, Minor Dispute est un album fusion qui n'en a que l'air. Rien en vérité ne nous permet de lui coller la fameuse étiquette : un argument paradoxal qui anime la dialectique décalé d'un album haut en couleurs. Les voix des différents locuteurs sont trop prononcées pour être consumées sous ce terme réducteur. Même si l'israélien Gilad Hekselman, l'un des guitaristes les plus prometteurs de New York depuis son arrivée en 2004, ferait presque pencher la balance en faveur de l'étiquette... Voilà pourquoi Jazz et classique ne se fondent pas mais se dévisagent en chiens de faïence, l’œil noir un brin méfiant comme dans « Monkey Business », titre expert en transitions abruptes. D'ailleurs, il serait bien imprudent de cataloguer le jeu de notre voisin grec du dessous, tant il mêle ses influences dans un hors-cadre indéterminé.

Si Petros Kampanis veut dérouter, il a sorti pour ce faire l'artillerie lourde. Une section corde imposante et particulièrement acharnée dans « Ferry frenzy » ou « Luiza » qui fait écho à sa contrebasse. L'album, globalement mélancolique, est un révélateur de cordes. Reste qu'il est bel et bien une « march of the sad ones », un album déconseillé aux amoureux des danses joyeuses qui respirent la joie de vivre.

Agathe Boschel

 

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