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Par sa pochette, The Black Monk détonne. Sans se vouloir une réminiscence modernisée d'un certain Thelonious (mais plutôt un hommage discret au pianiste), il n'est non plus pas à l'instar de son précédent et premier opus paru en 2010, du jazz aiguillonné par une esthétique rythmique empruntée au hip hop (ce que certains appellent l'acid-jazz). Alors, qu'est-ce que The Black Monk ? Du groove, certainement. Mais bien plus encore. 

Si sur certains titres de ce premier album, Panam Panic parvenait à s'extraire de la nouvelle vague déferlante du funk, personnifiée par des groupes comme Monophonics ou Electro Deluxe, et même à mettre le pied dans le plat de la « grande » fusion (celle de Miles et Hancock), le travail d'écriture que l'on retrouve aujourd'hui sur The Black Monk, relègue le groupe à une toute autre division. La solution de continuité s'enrichit donc de mélodies, sans que celles-ci perdent de leur habituelle vitalité. Sous les rythmes effrénés d'Arnaud Renaville (batterie) et Julien Herné (basse), entrainants aux balancements de la tête et du corps, Robin Notte donne le La à de très belles prestations de piano, auxquelles se joignent les embardées cuivriques fiévreuses de Max Pinto au saxophone et Julien Alour à la trompette. La donne change, l'esthétique s'apaise. Plus de sagesse, au grand dam de l'objectif unique visé par beaucoup : faire danser. Conservant malgré tout un œil attentif sur les enjeux actuels du jazz et une oreille passionnée par les diverses sphères de la Great Black Music, Panam Panic garde en tête de toujours faire dialoguer les traditions et de toucher un public relativement large via la confrontation au sein du disque du flow ricain d'Ike Turnah (« The New Movement ») et du rap français de Gaël Faye (« Chebeya »), fondateur du groupe Milk Coffee & Sugar. Assurément efficace, mais délicieusement réfléchi. Un coup de fraicheur pour la rentrée !

Alexandre Lemaire