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Je suis vénère. Envie de pleurer. Omar m'a tuer, les boules. Allez, traduisons les notes du disque : « Il [l'album] veut montrer que le chemin devant nous est celui de l'unification des cultures et des  traditions, de l’affaissement des frontières, et consiste à vivre et partager les vérités musicales qui nous entourent – africaine, classique, flamenco, jazz, latine, et spécialement la tradition cubaine... »

Qui trop embrasse mal étreint... Omar Sosa, le mec qui a montré que Monk était fils de Chucho Valdés... Depuis longtemps certes le Cubain est parti vers des expérimentations très world et fusion, qui ont leur public en même temps  que leur légitimité. On n'ôtera cependant pas la sulfureuse et méphitique flagrance du marketing sur ce projet dont le titre signifie en Lucumi « foyer », « maison ». Car en matière de traditions cubaines, on est un peu pris pour des cons : scander des noms d'orichas (divinités de la santeria, religion syncrétique cubaine) ne fait pas plus une rumba que l'usage de la polyrythmie ne vous  transforme par opération du saint-esprit en représentant des traditions rythmiques yoruba. Allez, j'en  perds mon sang-froid ! Respirer.

Le défaut principal de cet album est qu'à tellement chercher à fusionner des traditions diverses,  aucune n'émerge véritablement si ce n'est par à-coups peu concluants. On a dès lors l'impression  d'entendre un flux musical hors-sol, dont la fluidité et les tentations lyriques ne sont d'ailleurs ni si  neuves (coucou, le Chick Corea de Return to Forever!) ni si captivantes. Salut à toi, lyrisme bon teint de « D Vuelta » ! Le pianiste de Camaguey sauve bien sûr les meubles par une technique et un  sens musicaux que nul ne contestera, dans l'arrangement comme dans l'exécution. On ira même  jusqu'à dire qu'il n'y a rien à redire sur la qualité formelle de l'ensemble, qui coule de source avec  une évidence irréprochable comme la confrontation de l'afro-cubain et du hip-hop sur « Old afro a Baba ».

On n'ira pas toutefois jusqu'à dire que cela légitime la mièvrerie de ce projet qui dans la lignée des  précédents albums du pianiste verse dans une pop consensuelle où les couleurs et les ambiances ravalent superficiellement le manque d'assise de cette musique. Envie de pleurer vu le talent et la carrière du pianiste, qui en fin de compte prouve la dimension avant tout commerciale de ce qu'on  appelle musique du monde pour mieux faire oublier qu'elle n'est de nulle part. Tristesse.

Pierre Tenne