Gilad Hekselman - Homes copy
Gilad Hekselman - Homes copy

 Homes, ainsi s’intitule le nouvel opus du « Petit Prince » de la six-cordes, un titre d’album évocateur de la notion de voyage, qui semble porter sa voix musicale depuis son arrivée à New-York il y a 10 ans. Voyage spatial, mais aussi intérieur, l’album se présente comme une suite de vignettes, chacune « foyer » pour le guitariste, mêlant origines, expéditions et rêveries. En 12 morceaux, parsemés d’interludes faisant respirer la musique, Gilad Hekselman nous fait voyager aux quatre coins du globe, ainsi que dans son intérieur, lieu de sérénité et de lyrisme.

Bien que l’on connaissait déjà sa finesse israélienne natale, notamment présente sur Hearts Wide Open, un opus rempli de sonorités traditionnelles, ainsi que sa virtuosité new-yorkaise, présente sur Split Life, Homes est peut être le premier album du guitariste à concilier toutes ces influences et à les offrir directement à l’auditeur, dans un mélange cohérent et intime… et l’on ne pouvait rêver d’une meilleure équipe pour faire naître une telle musique : Joe Martin à la contrebasse et Marcus Gilmore à la batterie, deux fidèles musiciens de la musique de Gilad depuis maintenant dix ans. On notera aussi la présence du prestigieux batteur Jeff Ballard qui apporte une dimension rythmique riche et exotique sur deux morceaux. Une spiritualité musicale partagée entre les quatre musiciens ressort dans les échanges - mélange d’émotion pure mais aussi d’une retenue extraordinaire dans le son.

Ce nouvel opus est l’occasion de retrouver le lyrisme qu’on connaît au guitariste, ainsi que des climats et dynamiques musicales contrôlés à la perfection ; le relief sonore est abouti comme jamais auparavant. En dialogue avec cette assise rythmique idyllique, les mélodies à deux voix qui lui sont propres, mêlées à ce son de guitare, plus léger que jamais, font littéralement chanter l’instrument, comme une douce voix qui murmure à l’oreille…

Dans la musique de Gilad Hekselman, on sent aussi ce désir omniprésent d’entendre le visuel, le sensible, le spirituel. Ainsi est-on amené à vivre une tendre et exaltante scène d’amour italienne dans « Verona » ; ou un trafic automobile déchaîné dans « Parisian Thoroughfare » ; un petit hommage à la composition du pianiste Bud Powell ; sans oublier le voyage de polyrythmies africaines dans « KeeDee » ; ainsi que la poétique « Samba Em Preludio » brésilienne, douce et magique. Au delà de ces voyages terrestres, le guitariste nous amène aussi dans l’espace -« Cosmic Patience »- où l’utilisation des effets parfaitement contrôlée crée un véritable cosmos de rêveries et d’astres. Le son y plane au gré des multiples voix de guitare. Finalement, Homes permet de se laisser aller à l’essence de la musique, où le son développe un espace unique, invitant l’auditeur au voyage et à la poésie.

Gilad Hekselman, Homes, Jazz Village, 2015

Raphael Beuf