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La famille Belmondo s’est réunie dans son fief vallonné de Solliès-Toucas, dans le Var, où tout avait commencé. C’était il y a plus de trente ans, et depuis ce temps-là les frères Belmondo sont devenus des stars du jazz français, mais leur père, Yvan, est bien resté le maestro (au baryton). Et c’est dans les mêmes murs qu’à l’époque, ceux de l’école de musique, que la session est enregistrée : Lionel est au ténor, Stéphane à la trompette/bugle, le Toulonnais Jean-Philippe Sempere à la guitare et les Marseillais à la rythmique (Sylvain Romano / contrebasse, Jean-Pierre Arnaud / batterie). Bien sûr, c’est Yvan qui a choisi le répertoire : des compositions de Pepper Adams, d’Oscar Pettiford, de Gerry Mulligan, mais c’est Lionel qui a arrangé le tout - si c’est pas beau, la famille...

C’est cela avant tout qui transparaît de cet album : un authentique plaisir de jouer ensemble. On le ressent dans les arrangements de Lionel - par exemple pour le très beau « Flamingo » - qui ménagent des chorus pour chacun mais de telle sorte qu’il y ait toujours deux Belmondo soutenant celui des trois qui prend son solo. L’impression générale est alors celle d’une vaste embrassade (voir par exemple « Meditation »). Mais cette compréhension du jeu des autres permet aussi à chacun, Yvan, Lionel, Stéphane, de se faire entendre dans des conditions exceptionnelles.

On (re)découvre ainsi un Yvan Belmondo dont le jeu au baryton a une franchise et une fermeté qui n’excluent pas un sens raffiné du swing (par exemple sur « East of the Sun »). Un jeu qui surprend parfois par sa profonde douceur, notamment sur « Lovers of their Time » ou « Skylark » (un des plus beaux morceaux de l’album), et qui porte indéniablement l’empreinte du soleil. C’est le soleil de Solliès-Toucas, bien entendu, mais aussi de Los Angeles, de la West Coast américaine, du baryton de Gerry Mulligan (la filiation est évidente sur « Line for Lyons », composition du même Mulligan)...

Quant aux frères, Lionel et Stéphane, qu’on a déjà pu entendre ensemble de nombreuses fois avec leur quintet, on ne peut être qu’enchanté de les retrouver si bien entourés et visiblement inspirés par leur retour au pays natal. Arnaud à la batterie, alerte et ingénieux (« Alone Together »), confirmant sa réputation d’être un des meilleurs batteurs français, et Romano à la contrebasse, ont eux aussi leur place dans cette réunion de famille dont ils sont les proches depuis le début. Avec Sempere à la guitare, on leur doit des moments d’improvisation groupée très inventifs (par exemple sur « Tricotism ») qui sont pour beaucoup dans l’efficacité et la qualité de cet album.

Voilà donc de quoi montrer un peu de quoi sont capables les jazzmen du Sud, s’il fallait encore le prouver ! Avec « Mediterranean Sound », qui sort cet automne, le jazz français garde sa place au soleil.

Theodore Von Claer

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