Le dernier album d’Allen Toussaint se veut être la partie supérieure d’un dentier.

Sorti sous son propre label NYNO (New York New Orleans, bien entendu), l’artiste – que dis-je, le pianiste, compositeur, producteur, arrangeur, acteur qu’est le personnage – se permet une structure d’album assez particulière : 36 minutes, 16 titres. Faites le calcul, il n’y a pas un morceau qui dépasse les 3 minutes.

Très inspiré des vieilles galettes de Rhythm n’ Blues à la sauce New Orleans, le tout se veut très blues, hésitant parfois entre swing et boogie. Me and You est une balade au travers des rues de la Nouvelle Orléans où chaque pièce serait un retranchement, un souvenir, un vieil homme sur son synthé. Un album des dimanches matins ensoleillés, ponctués de clappements de mains, de sourires sincères, et des quelques relents de la peut-être trop alcoolisée soirée de la veille.

Totalement instrumentaux, les 16 titres qui pourraient parfois sembler inaboutis raviront les sampleurs avides de leçons de piano. Force est de l’avouer, cet album n’est pas du grand Toussaint ; car s’il fait comme toujours preuve de génie au niveau de l’inventivité et de la diversité de son phrasé musical, la mauvaise Allen (Ok) est tout de même un peu fainéante sur ce coup là. Il manque quelque-chose.

Monsieur Toussaint ayant perdu des dizaines – et vous pouvez peut-être rajouter un zéro à ça – d’inédits suite à l’inondation de son studio, Me and You pourrait alors être perçu comme des relents de mémoire du presque vieil homme, des morceaux qu’il aurait alors aimé sortir plus tôt, plus travaillés, et qu’il s’empresse donc d’enregistrer à la manière d’un hypocondriaque s’enfilant une plaquette de Xanax.

Lucas Nadel

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