image « C’est surtout la musique qui compte, non ? » s’était contenté  d’annoncer Matthieu Donarier au concert « Jazz sur le vif » à Radio France en 2012. En effet.

Sébastien Boisseau et lui sont deux grandes figures du jazz français contemporain qui jouent ensemble depuis dix ans : formation de scène, réduite à l’essentiel, que du bois (contrebasse et saxophones/clarinettes). « Wood » est leur premier album, mais pour ces deux vieilles branches, il est l’aboutissement de plus d’une centaine de concerts. On en écoutera donc la quintessence, autour d’extraits soigneusement sélectionnés, sans titres, où la grande qualité de l’enregistrement et du mixage laisse toute la place à une expérience auditive des plus fidèles à leur performance.

D’emblée, il est clair qu’à ce stade de profondeur dans le dialogue entre deux musiciens, il est impossible de distinguer ce qui tient de l’improvisation ou de l’écriture. Tout n’est qu’intimité, délicatesse, maturation - comme pour le meilleur bois. Ce qui compte ici, ce qui fait la richesse du dialogue, c’est sa « manière » : ses nuances, ses textures, dans le toucher et dans le souffle.

De là, la sève qu’en extraient Sébastien Boisseau et Matthieu Donarier conserve une authenticité inouïe. Pas une fois ils ne rompent ce lien originel et charnel à la matière, pas une fois leur inspiration ne tourne court, ni celle de l’auditeur. Cette musique est poétique, c’est évident, mais au-delà de cela, elle est généreuse.

Boisseau & Donarier - on pourrait croire à une enseigne de luthiers, rue de Rome... Mais non, c’est encore mieux : Boisseau & Donarier - Creuseurs de silence.

Théodore Von Claer

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