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Dans la lignée d'Alban Darche et de David Chevallier, le saxophoniste Matthieu  Donarier est de ceux qui se refusent à sombrer dans la vaine tradition. Théorisant l'informel, il  présente sa vision du jazz. Loin de se plier à l'usage traditionnel de son instrument, le français mène en trio quelques alchimiques expérimentations. Rien d'étonnant me  direz-vous, dans la mesure où l'homme et ses compères (le guitariste Manu Codjia et Joe Quitzke) viennent de souffler leur 15ème année de collaboration : une éternité passée à se comprendre et à façonner un langage commun, rutilant d'originalité. Si le nouvel album du trio nous sied  particulièrement bien, c'est qu'il est gage d'une véritable esthétique. Oui, véritable, car la modernité  a tendance à faire entrave au désir d'avant-gardisme chez les artistes. Mais pas là. Ici ce n'est que  compositions renversantes à la clarté cinématographique et reprises inattendues d'Alban Darche,  Franz Liszt et Erik Satie. Bref, que du bon !

Tel le triangle impossible de Penrose, le jeu de chacun s'imbrique dans celui de l'autre, comme  si l'improvisation provenait d'un esprit unique. D'autres l'ont fait excellemment, mais le français n'est pas du genre « simple ». Du moins, si l'album coule de simplicité dans nos oreilles, la recherche expérimentale est loin d'aller en  ce sens. Guitare héritée de Scofield, sax aux harmonies suaves, à la limite du spiritisme aérien d'un Paul Winter, percussions ponctuées d'un délicat jeu de doigts... le trio s'illustre une fois de plus en  groupe majeur de la scène jazz européenne.

Alexandre Lemaire