artworks-000038442147-yb9ttw-crop « Travellers» est exclusivement instrumental. L’instrumental dépouillé, qui devient le coeur du sujet, qui s’interroge et déploie ses possibilités. C’est d’une humilité déroutante.

Le Quartet nomade de Matteo Bortone (contrebasse) réunit de jeunes aventuriers éparpillés entre l’Italie et New-York : Antonin-Tri Hoang (saxophone alto et clarinette basse), Francesco Diodati (guitare électrique) et Guilhem Flouzat (batterie). C’est une des formation les plus audacieuses de la nouvelle scène jazz, mais elle peut rappeler, toutes proportions gardées, celle d’un autre compositeur et contrebassiste, jadis le maître du genre, l’insondable Mingus... C’est la « Découverte » de Jazz News, la « Révélation » de Jazzman... Ces « Travellers » tracent leur chemin, sillonnent de nouveaux espaces, mais avec lucidité. Ils se mesurent à un monde électrique, tendu, saturé, pour en détacher une matière sonore aux formes et textures d’une insoupçonnable harmonie.

« Sustain » a un groove et une élégance admirable, « Biortimi » plonge dans l’architecture d’un riff de rock pour en extraire toute la tendresse, tandis que d’autres titres comme « Halway » déraillent, basculent dans un cerveau détraqué, nous galvanisent, sans jamais que l’enchaînement ne se brise. Dans le détail, on sera sensible aussi à la dextérité rythmique dont fait preuve Guilhem Flouzat par exemple sur « Nolan », ou aux ressources inépuisables de la contrebasse de Bortone sur « Travel 1 », là où les « voix » de Francesco Diodati et d’Antonin-Tri Hoang, sur « Gaudi’s Foot », dialoguent avec une touchante intelligence.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce quartet se débarrasse du conventionnalisme et de la facilité dans lesquels le jazz verse souvent. C’est vraiment le moins, car, dans une telle musique, exigeante, minutieuse, furieusement inventive, l’attention ne se relâche pas un instant, elle devient même un défi. Est-ce encore du jazz ? C’est assurément une introspection de jazzmen. « Travellers » de l’intru-mental, ils n’en sont plus là...

Ils reviennent à la base, mais pour prendre la tangente. C’est édifiant à tout point de vue.

 Théodore von Claer

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