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Avec Lathe Of Heaven, Mark Turner signe son grand retour en tant que leader et c'est chez le tout jeune label encore méconnu, ECM - Universal, qu'il a choisi de le faire. Avec lui, un trio qui le suit depuis plusieurs années, composé d'Avishai Cohen à la trompette, Joe Martin à la contrebasse et Marcus Gilmore à la batterie. En d'autres mots, une équipe de rêve pour un saxophoniste à la notoriété déjà bien établie.

Le premier morceau de l'album, composition éponyme, donne le ton dès les premières notes à l'aide d'une mélodie très aérienne aux couleurs harmoniques largement marquées. Les lignes de saxophone et de trompette s'entremêlent tout en suivant des paterns bien définis pour ensuite laisser place à l'enchainement de longs solos.

Et cette forme très traditionnelle (exposition du thème, solos puis ré-exposition) on la retrouve sur presque l'intégralité du disque, ce qui participe à la cohésion si marquante parmi les morceaux.

Mais la cohésion ne s'arrête pas là. En effet, malgré l'absence d'échanges prédéfinis*, l'interaction entre les musiciens est complète et ces derniers cohabitent parfaitement dans cet univers né de la plume de Mark Turner. Univers composé de tempos assez lents, d'une utilisation irréprochable de l'espace, d'exploitation de couleurs personnelles ainsi que d'une conscience omniprésente de la tradition, le tout non sans rappeler certains aspects propres aux 'Strolling' trios de Sonny Rollins.

Le titre du disque fait référence à une fameuse citation du philosophe chinois Chuang Tzu (4ème siècle avant JC) qui dit: 'Savoir s'arrêter devant l'incompréhensible est la suprême sagesse. Ceux qui ne pourront le faire seront détruits par le Lathe Of Heaven (littéralement, le fouet du paradis)'. Et cette philosophie raisonne de manière très claire au sein de chaque morceau qui, les uns après les autres, renforcent la logique d'ensemble implacable de l'album.

C'est grâce à cette logique ainsi qu'à la cohérence de l'univers musical dans lequel sont plongés les musiciens que chaque moment d'improvisation paraît être, ici, la forme d'expression personnelle la plus pure qu'il soit. Un paradis, en somme, où règnent inventivité et réactivité (le jeu de Joe Martin en étant une preuve des plus concrètes).

Mais malgré cette dimension céleste aux aspects spirituels bien complexes, on retrouve dans ce disque la facilité que possède le jazz à communiquer des émotions, qu'elles soient plutôt simples ou très compliquées, à travers une musique avant tout descendante du blues. En cela, Mark Turner nous livre donc un opus complexe et très personnel mais jamais hermétique.

Antonin Berger

* Il n'est pas rare, dans le jazz traditionnel, de retrouver cette notion d'échange de groupes de mesures prédéfinis, à savoir, par exemple, 4 mesures jouées par le saxophone puis 4 mesures jouées par la batterie et ainsi de suite.

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