marc cary copy Retour vers le futur.

C’eût pu être le titre du dernier album de Marc Cary. Un projet qui se présente, vous l'aurez compris, comme la fameuse suite du prophétique Rhodes Ahead Vol. 1 dont l'électroambient brut inaugura le jazz électroacoustique des années 2000. Depuis 1999, l'eau a certes coulé sous les ponts. Mais certainement pas le savoir-faire de notre pianiste polymorphe dont les doigts magiques ne cessent de nous enchanter par leur virtuosité, tant dans le maniement du stylo que des touches de son clavier. Si Rhodes Ahead s'élance dans toutes les directions, c'est qu'il est pour ainsi dire une synthèse de toutes les orientations musicales qu'a exploré Marc Cary depuis ses débuts de jeune premier sous la coupe de Dizzy, Betty et Abbey : électro, drum'n'bass, transe, ambient, rock, musique du monde... Notre homme à l'ouverture musicale extraordinaire continue de croiser les routes sans foi ni loi, à tel point qu'à écouter Rhodes Ahead, cette propension maladive de l'homme à tout étiqueter n'a plus guère de sens.

Pour cet album, Marc Cary a opté pour un son électroacoustique parfaitement léché qui contraste grandement avec celui de notre premier volume entièrement électro mais n'en magnifie pas moins toujours le Fender Rhodes. Le Miles post 70's n'est pas si loin, qui hante tel un esprit bienveillant ce jazz - que l'on dirait « psychédélique » si seulement nous faisions fie des sages leçons de notre « esprit nouveau »- et laisse entrevoir ses doux yeux dans les éclats élongés du trompettiste Igmar Thomas invité pour l'occasion. Du reste, on sent que le Four Directions du Focus Trio de 2014 est encore frais et les influences indiennes transpirent de toute part dans cette transe enchanteresse qui s'épanouit tel une orchidée au rythme du tabla de Sameer Gupta menant patiemment son auditeur au Nirvana. Ce n'est pas pour des prunes si Marc Cary se présente comme le grand préteur du rythme : il l'est, et c'est à coup sûr ce qui rend cet album à la fois si insaisissable et...cosmique, dans tous les sens étymologiques du terme – il suffit d'écouter les rythmes étirés et labyrinthiques de « 7th Avenue North », d'« African market » ou de « Spices and mystics » pour s'en convaincre. Pour prendre son temps, on peut dire que notre pianiste prend son temps ! Mais patience est mère de sûreté. D'autant que le jeu du batteur Terreon « Tank » Gully mène la danse, assurant un arrimage discret mais enjoué sur les terres plurielles de notre artiste visionnaire.

Un album au groove pimenté qui a de plus le mérite de réunir ses deux trios passé et présent, on lui en sait gré. Comme le dit Sharif Simmons, poète attitré à ce projet qui signe les paroles de « The Alchemist's Notes » : « We've approched a new precipice ». Definitely Sharif, definitely !...

Agathe Boschel

À LIRE : L'INTERVIEW AVEC MARC CARY