Belmondo

Lionel Belmondo est coutumier du fait. C’est même devenu sa spécialité : déjà avec Hymne au soleil (2004), Influence avec Yusef Lateef (2005), et Clairières dans le Ciel avec le Chœur National de Lettonie, il avait démontré à sa façon, avec brio, que la rencontre du jazz et de la musique classique pouvait être détonante. Sur ce nouvel album, il reprend des thèmes des plus grands compositeurs : Bach, Brahms, Schubert, Fauré, Rachmaninov, Chopin et même Wagner. La formule reste donc la même, mais Belmondo revient à la formation réduite du trio basse (Sylvain Romano) - batterie (Laurent Robin) - saxophone ténor (lui-même). Et c’est pour le meilleur.

C’est une écoute qui ne requiert à vrai dire aucune connaissance préalable du répertoire classique. Les mélodies choisies sont simples, elles sont prises comme des airs dont on peut se souvenir facilement, véritablement comme des « standards ». Dans l’intimité du trio, l’épuration est totale. Partout règne un adroit minimalisme, où se déploie le son naturel et riche de Lionel Belmondo. En un mot, cet album frappe surtout par son humilité (qui n’est malheureusement pas toujours la règle ailleurs).

Davantage qu’un exercice de style, c’est donc un retour aux sources... Et c’est tout ce dont le jazz a besoin : il vit de thèmes et d’eau fraîche. Il repousse par-ci par-là comme une herbe folle. Sur le rythme discrètement scandé de « The Love of a Dead Man » (Tchaïkovsky), on croirait retrouver Coltrane en Ballads. Sur « Cercle mineur », à grand renfort de cimbales, on frise le be-bop. Sur le superbe « Prélude », l’arrangement assez West Coast fait redécouvrir un prélude peu connu de Chopin (d’ailleurs déjà repéré il y a quarante ans par Bill Evans). Et sur le swing ardent de « Desillusion » ou d' « Assimilation » (Rachmaninov) on retrouve cette vigoureuse mélancolie du Modern Jazz Quartet qui reste le signe des formations solides où règne une même émotion.

Cet album témoigne d’une profonde foi dans le jazz.

Théodore Von Claer

 

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