Pourquoi le « Cube » ? Ne vous y trompez pas, le projet de ce quadrilatère non identifié n’est pas celui d’une déstructuration géométrico-conceptuelle de la musique. Non, si on doit vraiment trouver un aspect géométrique à l’album, si on doit vraiment y apposer une esthétique déstructurée comme le nom du groupe nous y adjoint, alors c’est bien dans la syncope douce et langoureuse qui rythme l’album de la première à la dernière mesure. La seconde subversion est celle de la note. C’est à travers l’alternance de gammes bizarroides qui semblent leur venir de Mars et de mélodies bien connues que le Cube nous entraine dans un mouvement de va-et-vient de leur univers étrangement onirique à notre quotidien musical. Un univers parfois tribal, parfois sensuel. Comme un équilibriste le Cube penche entre pair, impair, blanc, noir, bop, free, cool, salsa sans jamais tomber du fil. Ainsi le frelon se fait bourdon, abeille, libellule ou papillon et toutes les robes lui vont.

On y trouve tant les contretemps déphasant de Steve Coleman (Frelon Rouge) que la sensualité féminine du souffle de Paul Desmond (L’homme rigolo). Le tout porté par un duo basse/batterie tout terrain qui semble, comme un compagnon de fortune, suivre le saxophoniste dans ses élucubrations les plus folles.

Voilà en somme un groupe qui refuse de s’endormir dans un style, de se lover dans la facilité du musicien de tel ou tel genre et qui poursuit l’idéal d’un jazz universel où tout est à prendre et à apprendre. On y trouve une mélodie engrossée d’une culture musicale à laquelle on ne peut poser de limites. L’album « frelon rouge » c’est un grand shaker qui secoue, qui bouge, qui dépoussière, qui réinvente tes classiques, parfois dans la frustration, parce que le changement personne n’aime ça, mais à la fin le cocktail en est d’autant plus enivrant.

Théophile Anglès

Comment