Typiquement le genre d'album dont il est compliqué de dire quoi que ce soit d'intelligent. Oui je me plains, mais je m'excuse suffisamment rarement de dire des énormités pour m'autoriser à m'y risquer de temps à autre.. Pourquoi compliqué ? Sans doute parce que Jonathan Orland et son quartet s'engagent dans une voie qui pour des oreilles attentives au jazz actuel a des atours fort « classique », ce qui ne veut sans doute rien dire aujourd'hui. Ce qui occasionne la seconde complexité : classique certes, mais non dénué d'originalité. D'où un algorithme intenable pour le critique.

Par exemple, tenez : la maestria technique et musicale de ces musiciens est-elle hors-norme ou non, à une époque où les bons musiciens se ramassent à la pelle ? En tout cas, Jonathan Orland s'embarque dans des tunnels de bop volubiles aussi aisément qu'il les réoriente, impromptu, vers des sentiers mélodiques plus shortériens. De son côté, Nelson Veras orne son plastron de guitariste sensible et délicat d'une décoration qu'on lui connaissait mal, celle du phrasé aérien et dense jusqu'à la démence qu'on pensait perdu depuis la mort de Jim Hall, et plus encore celles de Billy Bean et Tal Farlow (« The Seaman », mazel tov). Cool, en un mot.

Autre questionnement sensible : la section rythmique des impeccables discrets et hyperactifs Yoni Zelnik et Donald Kontomanou - à qui l'on ne saurait trop conseiller l'usage de quelques cachetons de Ritaline avant l'ulcère lié au surmenage - distingue-t-elle particulièrement ce Small Talks ? Rien n'est plus sûr, et Zelnik n'hésite pas à se lancer dans quelques soli taciturnes et ombrageux qui excitent les amateurs de ténèbres pour convaincre qu'on peut y trouver plus que des lignes de basse expertes.

On aura compris. Small Talks est un album estampillé bonne musique et bons musiciens, qui sait faire varier les plaisirs sans éviter certains déjà-vu. Classique ou non, la sincérité du quartet suffit à convaincre, du moins pour les amateurs du genre – précision toute tautologique, qui prouvera aux incrédules le bien-fondé de la première phrase de cette chronique. Le goût des boucles ; surtout celui du small talk.

Pierre Tenne

Jonathan Orland, Small Talk, Paris Jazz Underground, 2015

Concert de sortie  le 11 décembre 2015 au Sunset (Paris)!

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