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My Taylor is... dead ? Pas tout à fait ! Le pianiste anglais, décédé sur scène au Saveurs Jazz Festival de Segré cet été, revient déjà avec cet album, familial et vocal, à l'univers singulier. On ne revient pas ici sur la carrière longue et flamboyante du Britannique ; achevée à la Molière comme il se doit. Devant tant de classe au long cours, on se retrouve possédé de l'envie de dithyrambe sans nuance, déclarer une ultime et posthume fois la grandeur du musicien.

On est bien embêté. Non que ce 2081 soit raté ; il s'agit d'un bel album. Mais celui-ci ne retrace de la parole de John Taylor rien d'autre que son désir constant de renouveau, tant ce quartet familial (les fils Taylor, Alex et Leo, accompagnent leur paternel respectivement au chant et à la batterie) ne correspond guère à ce qu'on a pu connaître du pianiste, récemment entendu au côté de Stéphane Kerecki dans l'hexagone. Un tel désir fait regretter d'autant plus la violence anticipée de ce décès, car le pianiste aimait les explorations discrètes et les menaient bien.

Articulé autour d'une nouvelle de Kurt Vonnegut, auteur bien connu de science-fiction (et notamment d'Abattoir 5), 2081 enchaîne six titres chantés qui ne sont pas réellement des chansons. On y retrouve quelques formules éculées du jazz le plus contemporain dans ses influences new-yorkaises, notamment l'effacement de la pulsation dans une fluidité toute post-moderne, ou l'efficacité du chant au détriment de son expressivité personnelle. Le quartet possède cela dit une belle entente, qui permet au pianiste de s'offrir des incartades qu'on ne lui connaissait guère, sans renier quelques soli bien achalandés tels ceux qu'on lui connaissait déjà. Mais c'est surtout dans l'écriture et le jeu sur les timbres – qui exploite avec finesse la composition singulière du quartette, où le tuba d'Oren Marshall détonne – que 2081 parvient à se départir de cette esthétique résolument « moderne ».

Reste de tout cela – qui annonce un prochain en duo avec Kenny Wheeler, autre disparu récent – la voix puissante et distinguée de l'Anglais, éternel défricheur de sons. Bien vivant, John Taylor continue de faire passer son invitation à une musique toujours nouvelle. My Taylor is definitely rich !

Pierre Tenne

John Taylor, 2081, CamJazz/Harmonia Mundi, 2015

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