L’Amérique latine, celle d’Henri Michaux, d’Antonin Artaud, de Lautréamont, éternellement enneigée sur ses cimes, couleur de sang dans ses déserts, terre du sacrifice et du délire : c’est par la composition musicale que Jean-Marc Foltz a voulu en renouveler tout le mystère.

En constituant ce qu’il appelle un « journal de mythologie intime » dans lequel s’exprime librement sa fascination pour la civilisation inca, il pénètre dans la cosmologie traditionnelle des Andes où chacun des éléments ou des divinités se voit consacré un morceau spécifique. Hommes de ce genre de situations, Philippe Mouratoglou à la guitare baryton, lui-même à la clarinette basse, Sébastien Boisseau à la contrebasse et Christophe Marguet à la batterie se font donc musiciens-bruiteurs pour donner vie à des évocations personnelles (parfois très abstraites).

Le principe de cette musique est en effet de faire « entendre » les pierres, la terre, le soleil, et de recréer ainsi la magie à partir de laquelle elles deviennent divines... Programme certes audacieux, mais qui fonctionne dans la mesure où les instruments de musique sont eux aussi pris comme des objets qui, cognés, frottés, mêlés, remplissent le silence d’une présence nouvelle. C’est donc l’occasion pour ces musiciens de jouer de leurs instruments respectifs d’une autre manière, plus « littérale » pourrait-on dire. Et l’on est saisi par la rigueur avec laquelle ils effectuent cet exercice : chaque bruit compte et se trouve intégré à l’atmosphère recherchée.

D’où cette sorte d’hypnose qui saisit l’auditeur. Guidé lentement dans ce monde sonore de plus en plus peuplé, il ne garde après coup que l’impression d’avoir pris part à une cérémonie initiatique... Nul doute en cela qu’il existe une parenté entre le musicien et le chaman.

Theodore Von Claer

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