Initiative H est un big band nouvelle génération, qui depuis plus de deux ans sait faire parler de lui en bien, depuis notamment une finale au concours de La Défense. Pour ce deuxième album consacré à la surf music, ils montrent un peu plus les muscles en tentant plus loin leur esthétique rock et lyrique à la fois, aux côtés de guests renommés, notamment Médéric Collignon, Thomas de Pourquery, Vincent Artaud et Emile Parisien.

Très écrite, cette musique se déroule comme une suite orchestrale qui se veut, selon les mots du leader David Haudrechy, « du gros son et puis du fun ». « Du Stravinsky et du Prokofiev » selon Olivier Cussac. En un mot, un maelstrom savamment tricoté d'influences et registres divers tourné vers l'énergie brute. Et dans ce genre, Initiative H fait bien les choses, en inventant même des genres de tube qu'on verrait bien passer sur des radios pas nécessairement spécialisées (« The Search »). De la musique de genre, donc, comme on dirait du cinéma, obectivement exécutée de façon impeccable. Et alors se pose nécessairement la question des goûts, éternellement subjective. Dans mon cas, manque de groove, manque de swing, et tant pis si je passe pour réac. Mon seul objectif est d'être le Finkielkraut du jazz, faudra bien que ça émerge un jour.

Il est difficile de parler des oeuvres qu'on ne pénètre jamais. Dark Wave produit une impression d'efficacité orchestrale qui aime à jouer sur les espaces et les couleurs par une sophistication de l'écriture qui articule masses sonores et lignes mélodiques, plein et vide, unisson et soli, abscisse et ordonnée (« Black Night » notamment, avec un beau solo du pianiste et chef d'orchestre David Haudrechy). Outre la sonorité rock voire électro de l'ensemble, sans doute est-ce cette sophistication qui fait obstacle, personnellement, à mon écoute d'une musique qu'on sent sincère et généreuse, née d'une belle et jeune aventure humaine - qui toutefois succombe par moments à un certain sérieux. Si je devais dépasser mon conservatisme musical et finkielkrautien, j'engagerais sans peine ceux qui goûtent les rencontres entre jazz et rock/électro à fureter vers cet orchestre, irréprochable dans l'exercice. Pour les autres, les Torquemada de la note bleue, le gros son de Dark Wave vous laissera sans doute de marbre, comme ces inspirations très pop qu'apportent avec brio la voix de Médéric Collignon (« Time to Pretend »).

Sans vouloir ménager chèvre et chou ni conclure sur la relativité des jugements esthétiques ; pardi ! qu'il est difficile de parler des musiques qu'on ne pénètre jamais...

Pierre Tenne

Initiative H, Dark Wave, Neuklang, 2015

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