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Healing Unit, Music to run and shout, Hôte Marge, 2014

Sorti il y a quelques mois déjà, le dernier opus de Healing Unit mérite que l’on s’y attarde encore. Premièrement parce qu’aucune raison ne devrait nous empêcher de courir et crier, surtout en période de fêtes, à une époque où la sédentarité est pour nos dos endoloris et nos corps obèses synonyme de fléau. Musique salutaire donc. Ensuite et surtout parce qu’attaché à la justice et à la vérité, il fallait le dire sans barguigner : Music to run and shout, c’est bien. Très bien, même.

Précisons : très bien dans un genre assez précis, dont le groupe se départit rarement. Le genre en question n’est pour autant pas le plus audible de la scène actuelle puisqu’il s’agit d’un free extrêmement fidèle aux origines de cette musique qu’inventa Ornette il y a si longtemps, jusque dans ses titres à la précision naïve et poétique tel l’animal « Dog and Cat at Play ». Le thème de ce dernier, composé par le pianiste Paul Wacrenier, ponctue des soli enlevés de tout le quintet, dont un ébouriffant duo trompette/alto (respectivement Xavier Bornens et Arnaud Sacase) : l’immersion dans le New Thing d’Ornette Coleman et consorts, dès lors très troublante, est loin d’être désagréable. Elle rappelle surtout que cette musique a trempé son âme dans un blues chimiquement pur plus que dans les intellections arythmiques et atonales qui s’en sont parfois revendiquées : « Serendipity » et « A Blessed Hill in Fucking Hell » sont des blues évaporés au swing discret mais redoutable.

Healing Unit revendique à juste titre une ouverture et une créativité humble autant qu’anticonformiste. Leur apport à cette scène free est considérable dans ce retour sans tambours ni trompettes aux sources. Pèlerinage que peu de musiciens entreprennent, finalement... Au-delà de ces influences, la qualité des musiciens laisse souvent pantois : Paul Wacrenier, fin compositeur, dévoile un piano à la complexité touffue mais au vocabulaire très clair (Cecil Taylor en filigrane, peut-être), étonnamment mélodique. Comment expliquer autrement l’étrange beauté de sa pièce en solo, « Uncontrolled Memories » ? Autour de lui, la section imprime une texture audacieuse qui par moment flirte avec la pop grâce aux walking bass de Marco Quaresimin (« Run 3 ») tout en imprimant un tempo indéfectible (charleston de Benoist Raffin). L’impression d’une musique tendue comme l’attaque de la trompette de Xavier Bornens est à tempérer en prêtant l’oreille à toutes les couches de cette musique, qui revisite un free désormais classique avec une générosité débridée. Si l’on peut reprocher certains formalismes proches de l’exercice de style, demeurons justes et vrais comme ce quintet : pas de pastiche d’Ornette, malgré les envolées dolphiennes d’Arnaud Sacase. Plutôt une musique tendre et fragile dans cette maîtrise même. Une musique ouverte et riche. Music to run and shout, en liberté.

Pierre Tenne

Pour aller plus loin, l'entretien avec Paul Wacrenier est ici !

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