Comment dire ?

Comment dire l'obésité, l'obscénité d'une production musicale qui en ces temps de rentrée charrie chaque  jour ses théories de disques, albums, EP, clips, etc. ? Comment dire ce bruit permanent qui assourdit jusqu'à l'oubli de ce qui nous a fait nous prendre de passion pour cette musique-là ? Comment dire, et c'est plus intéressant, pourquoi certains musiciens s'en évadent, et nous emportent avec eux  ?

From Now On ! réunit dix de ces musiciens. L'évasion qu'ils proposent n'est pas affaire de virtuosité, malgré le vocabulaire étonnamment polymorphe du leader et compositeur Paul Wacrenier, son piano tour à tour aérien sous le coup d'arabesques lyriques (« Dancing Breeze »), d'une densité déroutante, derrière le temps et dans les aigus, pour retrouver comme une citation de stride, car effectivement, « Blues Is For Tomorrow ». Rien de plus vrai ! Cette évasion qui ne réside pas plus dans le long solo de basse de Yoram Rosilio sur « Impatience », les deux pieds dans des racines blues exprimées avec une force brute qui ne fait pas fi de la délicatesse (leçon de Mingus ou de Haden?), ni dans les improvisations désorientées mais droites au but des cuivres, Arnaud Sacase à l'alto, Léo Jeannet et Xavier Bornens à la trompette... Et pardon si je ne cite pas tout le monde.

Passons donc sur la virtuosité. Le Healing Orchestra poursuit plusieurs chemins vers cette musique qu'ils veulent et font sincères. Faire sonner l'orchestre : unisson hiératique du thème de « Made of Sound of Joy », thème à la simplicité inconvenante de swing que l'orchestration tirerait presque vers le bop le plus pur. Déferlements d'énergies très free (« The Black Cats Say », entre autres) qui s'en remettent ultimement et sans cesse aux mélodies concoctées par Wacrenier, à la tête d'un vrai big band de jazz. Explorer le silence. Construire un discours sans artifice depuis des traditions très clairement revendiquées, travaillées, écoutées, du jazz aux musiques d'Europe de l'est dont le bourdon fournit la matière de la suite « Three Grounds for Being ». Tenter une musique intelligente et exigeante dont l'enjeu premier reste toujours le groove, le swing, l'évidence.

Dire cette évasion et ces chemins très clairs (prolongés par un duo des flûtistes Sylvaine Hélary et Fanny Ménégoz). Sans se soucier au fond du comment, des influences revendiquées autant qu'insatisfaisantes à rendre compte à elles seules de cette musique touchante car singulière (à la vanvole : le William Parker du Little Huey Orchestra, forcément Dolphy et Andrew Hill, le workshop de Mingus, un soupçon de Sun Ra et de Max Roach pour les vicieux, que sais-je.) Peu importe après tout, si ce n'est pour dire encore les talents d'écriture de Wacrenier et d'improvisation de ces musiciens. La dire une dernière fois, pour ne pas rajouter au bruit ambiant, et céder la parole au Healing Orchestra, qui, comment dire ? convainc par l'évidence de sa nécessité.

Pierre Tenne

Healing Orchestra, From Now On !, Hôte Marge, 2015

Dire aussi que le Healing Orchestra se produira à la Java (Paris 10e), lundi 21 septembre 2015 !

Redire enfin le Healing Unit, quintet de Paul Wacrenier.

Xavier Bornens : trompette, mélophone

Léo Jeannet : trompette

Arnaud Sacase : saxophone alto, clarinette basse

Jean-François Petitjean : saxophone ténor, soprano

Jon Vicuña : saxophone baryton

Mauro Basilio : violoncelle

Paul Wacrenier : piano, vibraphone

Yoram Rosilio : contrebasse

Benoist Raffin : batterie

Sven Clerx : percussions

Absentes lors du concert, mais en duo sur « Living Things », les flûtistes de l'orchestre Sylvaine Hélary et Fanny Ménégoz.

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