GuillaumePerret  

Guillaume Perret & the Electric Epic, Open Me, kakoum! Records, 2014

Valkyrie au petit pied, je survole le champ de bataille des éloges innombrables faits à cet Open Me depuis septembre dernier. Pas de bataille à vrai dire, ou bien l’unanimité serait devenue un combat. Open Me, c’est l’honneur des poètes saxophonistes par Guillaume Perret the Electric Epic, et nul n’a osé entendre de voix critique à son encontre.

Honneur des poètes, je m’explique. La poésie est, à ce qu’il paraît, invitation au voyage. Or, Open Me fait voyager, indubitablement. L’ « Opening » qui introduit (d’où le titre) l’album fait vibrer une très lente mélodie en provenance du Moyen-Orient et du saxophone du leader. Naturellement, celle-ci s’accélère sous les coups de boutoir des riffs de la guitare de Jim Grandcamp et des samples électro de Yoann Serra. Mélange des genres qui fait hérisser les cheveux du fondamentaliste d’un jazz New-Orleans, mais qui ne peut qu’impressionner par son évidence l’auditeur honnête. La force de Open Me n’est pas de faire voyager ailleurs, mais en créant un espace musical où chacun peut se composer à travers sa propre expérience d’une musique véritablement novatrice.

La poésie, c’est « l’amour réalisé du désir demeuré désir. » Et oui ! C’est intelligent, parce que c’est de René Char. Amour réalisé : le « Brutalum Voluptous » articule des nappes harmoniques très noise autour des mélodies de Perret au sax ainsi qu’autour de voix incompréhensibles samplées à nouveau par Yoann Serra. Sur le papier, ces partis-pris esthétiques laissent craindre un propos des plus consensuels à une époque où les productions électros sont légions. Les sons que tire le saxophoniste de son instrument électrifié suffiraient à les légitimer, mais au-delà la cohérence des compositions qui impressionne. Mieux : qui éblouit. Qui fait demeurer le désir.

La poésie, enfin, c’est la liberté. Voilà. Et The Electric Epic semble en avoir beaucoup à se fendre d’une telle musique, jamais entendue. Cette liberté pourra laisser de marbre ceux que n’émotionnent pas les métissages avec les scènes électro-rock-punk-noise-hardcore-world-etc. (allez catégoriser « Ponk »…) mais force à admettre qu’Open Me étale une musique neuve et insolente ; qui devrait marquer un nombre certain de musiciens.

Si jamais Guillaume Perret et The Electric Epic passaient déclamer des vers du côté de chez vous pour un concert, comme celui auquel nous eûmes à Djam l’honneur et le privilège d’assister cet été à Jazz à Millau, la performance live mastoc du groupe devrait convaincre les indécis qu’Open Me a beaucoup à offrir. Comme tout bon poème qui se respecte.

Pierre Tenne