7461477-11498981 Groove Catchers - 53

Si le jazz semble avoir perdu de sa vitalité au fil des années, sachez qu'il existe encore quelques cats capables de faire revivre cette énergie d'antan. À ce titre, Groove Catchers mérite amplement son nom. Alliant le pep's endiablé d'un funk digne des Apples (« Paracétamol », « Night Shoes », « Semtex », « Focus »), aux langoureuses titubations d'une nuit bien arrosée (« 8000 / Tribute to Soul Makossa », « Versus », « Ballad », « From East to West »), le trio signe son premier album 53 sous l'hymne de la complicité.

On est ici loin de la recherche stérile d'harmonies toujours plus complexes. Seul s'exprime le besoin de communier en groove, de dévoiler cette facette impulsive qu'on sut jadis donner au jazz. Une véritable frénésie à laquelle se lie l'élégante complexité de jeu de ses instrumentistes, Johan Barrer (batterie), Bastien Weeger (saxophone alto) et Antoine Guillemette (basse). Ici, l'absence d'instrument harmonique ne fait que renforcer l'aspect rythmique de cette musique aux influences radicalement différentes. Les personnalités distinctes du groupe transparaissent ainsi librement, et dans leur entière singularité.

Afin de s'accomplir entièrement, le power trio a eu la lumineuse idée (et je ne pèse pas mes mots) de faire appel au beat-boxeur Julien Stella, dont le rythme est si pertinent qu'il semble être pensé par le batteur lui-même ! Pour autant, le 4ème invité ne limite pas son talent au seul vocalisme : il est également un excellent clarinettiste basse, en témoigne l'écoute du très rock « Method 44 », avant-dernier morceau de l’album.

Reste cependant un dernier point à éclairer dans la présentation de ce petit bijou musical : son titre. 53, c'est le numéro de la maison - Boulevard Gambetta - où cette bande de potes s'est attelée trois années durant à faire vivre cette aventure collective. Ils y ont dormi, ils y ont mangé, mais par dessus-tout, ils y ont joué. A l'image de la demeure brinquebalante des aristochats, où les murs tremblent et où le jazz bat la chamade, chaque pièce de cette maison est aussi bien racontée en musique qu'en image. Sous la plume du dessinateur Pierre Jeanneau, la pochette de 53 tisse la toile d'un univers où la danse et la folie n'ont plus d'heure : bar sur le toit, salon aux étages, salle de concert au sous-sol... Charmante débandade qui ferait démentir Nougaro et son fameux « Quand le jazz est là, la java s'en va ».

Alexandre Lemaire