mirabassi copy

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Tout est dans le titre : on n'en sort pas. En l'occurrence des années 60, son avant-garde et ses expérimentations séminales, matricielles, inaugurales. En l'occurrence toujours, l'influence revendiquée est celle du gars Bobby Hutcherson, et plus précisément de son quartet avec Hancock, Cranshaw et Chambers. Osé, comme un Italien qui sait qu'il aura de l'amour et du vin.

Je vends la mèche : l'influence « classique » (c'est sur les notes du disque : personnellement, le classicisme d'Hutcherson me paraîtrait mériter au moins un petit débat) est la force et la fragilité de ce disque. Force car ces quatre musiciens ne connaissent pas la peur, et l'on sait bien que la peur mène à la colère, qui mène à la haine, qui mène à la souffrance. Le chemin du côté obscur. Foin de peur ! le quartet du pianiste voleur de coupe du monde va au bout de sa logique avec un brio inaltérable sur ces huit pistes où s'entendent une synergie puissante et des individualités remarquables. Le bien connu Gianluca Renzi illumine notamment « Il Bandolero Stanco » de solis où son attaque suave et colorée de la basse fait merveille. La percussion mélodique incomparable du vibraphone n'a pas fini d'étonner à l'écoute des échanges entre Stefan Harris et Giovanni Mirabassi (piano) sur « The Snow White Syndrome », qui vire au fusionnel et à l'entrelacement à la limite du décent sur la ballade « What was that dream about ».

Dans la même veine, on ne peut cesser de louer la qualité des compositions du leader et sa science de l'arrangement qui insiste largement sur les timbres ; ce qui encore une fois ne peut que séduire lorsqu'on a un vibraphone dans sa formation. Quel instrument... Mais il s'agissait précédemment de fragilité : bien maigre fragilité car il n'est pas donné à n'importe qui de jouer à l’amphitryon des grands noms du Blue Note du siècle passé. Mais on ne peut s'empêcher derrière la netteté de cette musique de regretter que le quartet se laisse glisser vers un chromo qui ne dévie que trop rarement de son modèle des années 60, par saccades trop transitoires – la batterie de Lukmil Perez Herrera sur « Canzone » et sa polyrythmie diffuse.

Voyage dans le temps s'offrant non comme un hommage mais comme visite d'un langage, d'une période du jazz ; No Way Out est à savourer sans s'attarder sur la modernité ou l'audace litigieuses de cette musique qui n'altèrent en aucun cas sa séduisante sophistication. Si le snob et le pédant en seront pour leurs frais ; les auditeurs plus généreux n'auront aucun mal à s'y retrouver.

Giovanni Mirabassi, No Way Out, CamJazz/Harmonia Mundi, 2015

Pierre Tenne

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