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Voilà une musique dont j'ai quelques difficultés à m'avouer partie prenante... Le côté électro planante, esthétique à laquelle je dois confesser que je ne consacre aucune seconde de mon précieux temps.

La justice à l'horizon de cette écoute contraint de reconnaître à ce Synthesis plus d'un charme, dont le jeu de saxophone de Gaël Horellou n'est pas le moins ensorcelant : épuré de ses volutes électroniques – encore une fois, on aime ou pas – le souffle et l'attaque pleins de maestria du saxophoniste donnent à cette musique une indéniable force. La palette chromatique du leader paraît embrasser l'ensemble du spectre sonore que peut produire le sax, et apporte définitivement des couleurs qu'on aime pour ce qu'elles évoquent des souvenirs jamais vécus. En un mot et en dépit de mon dégoût pour l'esthétique sus-nommée, Gaël Horellou convainc sans cesse d'une chose importante : il se passe quelque chose.

Pour l'épauler, un quartet à l'aise dans cette lenteur et ces nappes sonores qui ne résument pas cet album où l'on trouve surtout des mélodies puissantes, dont le diatonisme hiératique du thème de « Atlantis » est dans son évidente simplicité l'une des plus marquantes. On ne sait trop de quoi le saxophoniste fait ici la synthèse mais il est certain qu'à défaut de choisir toujours les voies les plus séduisantes de l'innovation musicale des dernières décennies (et oui, c'est très subjectif), Gaël Horellou continue de porter une parole personnelle au pire intrigante et mystérieuse, au mieux puissante dans ce parcours éclectique qui est le sien. C'est objectif, cette fois ; et Synthesis, en toute justice, en est la nouvelle preuve.

Gaël Horellou, Synthesis, DTC Records/Harmonia Mundi, 2015

Pierre Tenne