3230938473_1_8_yquQvmvH Gaël Horellou, Brooklyn, featuring Ari Hoenig (Sortie prévue le 17 novembre)

Décidément, Gaël Horellou travaille dur. Avec presque deux albums par an (Legacy en début d'année), le saxophoniste français part cette fois enregistrer à New York pour s’offrir un invité de grande marque. Brooklyn est porté de bout en bout par la personnalité extrêmement originale du batteur Ari Hoenig, pour lequel il valait vraiment la peine de se déplacer.

Et pour cause, ce dernier fait sonner la batterie comme un instrument proprement mélodique : les coups de cymbales sont étouffés quand ils viendraient sinon bousculer l’harmonie du morceau, les fûts sont accordés pour sonner à l’unisson avec la mélodie, et lorsque la caisse claire donne une note trop grave une pression du pouce vient l’augmenter d’un ton pour l’ajuster au reste. Le futur pourra bien glorifier Ari Hoenig pour avoir rendu possible l’application du critère de justesse à l’instrument rythmique par excellence, et on remercie amplement Gaël Horellou de nous avoir donné dans cet album l’occasion d’en réécouter les exploits.

Pour le reste, le disque doit beaucoup à l’idole Coltrane, par sa volonté constante de faire monter la tension de façon graduelle. Les compositions originales du saxophoniste lui font directement allusion (voir « Dutch blues » et « Central park soul »), jusque dans les solos du pianiste Etienne Deconfin qui reposent souvent, comme McCoy Tyner, sur une alternance entre des quartes à la main gauche et des accords dissonants à la main droite. On appréciera donc l’écoute d’un album qui rejoue son héritage humblement tout n’ayant pas peur de se le réapproprier.

Malheureusement, on ne retrouve ni la folie et le caractère endiablé des solos de John Coltrane, ni sa fluidité dans le va-et-vient entre les différents modes. Le son de Gaël Horellou peut parfois sembler monocorde, ce qui créé chez l’auditeur une sensation de malaise. Hautement recherché dans certaines figures du jazz, ce malaise permet souvent à un artiste de nous diriger vers un état émotionnel paradoxalement très plaisant, mais il ne parvient pas toujours ici à cette seconde étape. Cela est probablement dû à un son très lisse, propre, mais peut-être trop propre qui émane de l’alto, et qui en amoindri considérablement la puissance sonore.

Il reste tout de même agréable d’écouter ces compositions, presque toutes originales, parce qu’elles prouvent que le jazz dans sa version bop a encore beaucoup à nous dire. Et une fois encore, bien que Gaël Horellou ait pu se montrer plus original sur ses disques précédents, le choix du batteur demeure un choix d’exception que l’on ne peut que saluer.

Vincent Granata

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