81G-XYj4YsL._SL1500_ Elio Villafranca and the Jass Syncopators, Caribbean Tinge – Live from Dizzy’s Club Coca-Cola, Motema, 2014

 Elio, mon gosse, mon frangin, mon poto, m’a achevé de son piano. Le solo sur « Caribbean Tinge » : déconcertant, ouf, magistral, hors du temps, sublime, virtuose, drôle à souhait, vicieux, mélodique autant qu’harmonique, audacieux, enlevé et solennel. Villafranca possède un Winton Kelly dans chaque doigt et pose la seule question : mais quelle dope prennent les pianistes cubains depuis une quinzaine d’années ?

Premier album à être proprement distribué de ce côté de l’Atlantique pour le pianiste caribéen. Pas de chance : on aurait gagné à écouter sa musique et ses dix ans d’âge plus tôt. Album live qui revendique en titre la « nuance » Caraïbes tandis que le groupe cligne de l’œil à la préhistoire de cette musique qu’en d’autres temps on appela « Jass ». Les Syncopators de Elio Villafranca ne s’embarrassent guère de ces ambitions - meilleur moyen sans doute d’être à leur hauteur – tant les compositions du pianiste ont déjà fait l’essentiel. L’écriture de Villafranca fait référence à Jelly Roll Morton et sa Spanish Tinge, au Coltrane de Giant Steps (« Sunday Stomp at the Square »), Duke Ellington (pas uniquement pour le jungle d’ailleurs), la milonga, le mambo…Étonnamment, le tout sonne par moment très bop – hard ou be. Et par moment non. Peu importe, ça sonne toujours.

L’album grouille, foisonne, fourmille de plus d’histoires que Cent ans de solitude qu’on passerait bien avec une telle musique. D’autant que les Syncopators se retroussent les manches et servent des soli de gourmets : j’ignorais tout de Greg Tardy au ténor. J’avais tort. Terell Stafford à la trompette prend ses aises sur une interminable improvisation où la section rythmique fait honneur au nom du band : la finesse (« Cofradias »). Et Villafranca règne en maître, aussi impérieux au sein de la section rythmique qu’au cœur de ses soli. Le Cubain attaque chacun de ces derniers avec une densité musicale rare, écho définitif des plus grands : la fureur. Écoutez-le accompagner Vincent Herring (alto) et Stafford sur « Mambo Vivo », ou comment transfigurer cette fameuse nuance caribéenne en suite chromatique et syncopée, avant l’un des plus grands moments de piano ayant récemment dévalé mon nerf auditif. La folie.

Elio, Elio, Elio... L’ostinato hypnotique de ton tango achèvera sans doute de convaincre les derniers indécis de sa lenteur scabreuse (« Two to Tango »). Un live à ne pas manquer – je dirais à ne pas trahir. Plus important : un pianiste à aimer.

Pierre Tenne 

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