16878ce2-d525-4e02-8735-a43143112d7c Heureuse nouvelle ! Il y a deux semaines sortaient chez Grönland Records des enregistrements inédits de l’illustre pianiste, compositeur et arrangeur Duke Ellington. Il s’agit ici d’une session datant de Juillet 1970, au cours de laquelle ont été immortalisées trois prises de deux morceaux différents, à savoir « Alerado » et « Afrique ».

Heureuse nouvelle, donc ? Et bien j’ai malheureusement très vite déchanté. En effet, dès les premières mesures du premier morceau, me voilà face à une mélodie d’une simplicité désolante dont la pauvreté de l’arrangement ne me fera pas oublier une seule seconde son aspect ô combien répétitif. On pourrait presque compter le nombre de notes jouées dans le thème sur les doigts d’une main ! Je ne peux donc que supposer qu’il s’agit là d’un manque cruel d’investissement de la part de ce cher Duke qui ne prend, d’ailleurs, même pas la peine de toucher à son piano pour ce morceau.

Déboussolé, je décide alors d’aborder l’écoute de cette même piste sous un autre angle en prêtant attention à la section rythmique ainsi qu’au drive général des piliers fondateurs du groupe mais rien n’y fait, ça ne swingue pas. La contrebasse et la batterie ne cessent de se chercher l’un-l’autre, sans succès. À tel point que l’on entend clairement les solistes se succéder dans leur douloureux effort de maintenir un semblant de time, ce qui empêchera sans relâche à la musique de décoller, de prendre vie.

Et ce manque de solidité général sera continuellement illustré tout au long de l’album, notamment par l’incohérence des tempos, qui varient d’une prise à l’autre, à l’image d’un chef d’orchestre qui semble faire preuve d’une profonde indifférence en ce qui concerne la performance de sa propre formation. L’ordre des solistes, lui aussi, change comme si la rigueur et l’impassibilité ne constituaient pas l’essence même du jazz. Le jazz, musique scientifique, n’est ici que très pauvrement représenté par un sentiment d’indécision omniprésent.

C’est donc au grand dam de mon attrait pour les musiques improvisées, mais non sans surprise, que je découvre le deuxième morceau du disque, « Afrique ». En effet, celui-ci semble tout simplement être construit autour d’une sorte d’improvisation générale au sein de laquelle joue qui le désire, sans jamais s’inquiéter de la cohérence du son de groupe ni des normes et règles qui définissent l’improvisation dans le monde du jazz. Duke Ellington, lui-même, se contente de plaquer des accords éparses, tous plus dissonants les uns que les autres, tout en laissant le reste de son orchestre s’adonner à la mésentente la plus complète. La troisième et dernière prise de ce morceau nous permettra même d’entendre la voix d’une femme - probablement une amante scandinave de Duke - se joindre au chaos collectif.

Déception, incompréhension et désolation, donc, à l’écoute de cette collaboration hasardeuse entre un géant de la musique de big-band et un producteur de rock expérimental allemand, dont la nature reflète bien la musique qui en découle : vide de sens, grossière et bâclée.

Antonin Berger

Post Scriptum : Cette chronique est bien évidemment une plaisanterie. Si vous vous êtes agacés sur "l'incompétence" apparente du chroniqueur. N'ayez crainte ! Ayant reçus cet inédit de Duke Ellington nous nous sommes questionnés sur l'utilité d'une chronique sérieuse, faisant état d'une quelconque expertise qui nous permettrait de juger le très grand Duke Ellington. Aussi, il était plus drôle d'en tirer une vaste blague... ÉCOUTEZ-LE, c'est digne du Duke !