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Un je-ne-sais-quoi de séduisant s'abrite derrière la retenue esthétique des pianistes italiens contemporains ; ceux de la veine Pieranunzi. Si, par « retenue », j'entends là un desiderata lyrique plus que technique ; un certain Bill Evans pourrait témoigner que c'est bien par l'épurement des formes que l'on peut rendre compte de la virtuosité réelle d'un maître.

Petit dernier de la maison de disques Tŭk aux pochettes si parfaites (voyez les précédents opus Zenzi et Kairòs), le Roaming Heart de Dino Rubino ne s'adonne donc pas à demi-mot à l'exercice de style. Après le jeu du trio et de l'octet auquel il s'est précédemment porté pour le label sicilien, voilà que les rangs se resserrent, que l'on se retrouve confronté aux démons solitaires de notre italien. Serait-ce d'ailleurs parce qu'il est récemment parti s'installer à Paris goûter au spleen de la Ville lumière, que ce disque dépeint une si vaste langueur cristalline de solitude, une introspection dans les lignes du silence si forte qu'on en fermerait les yeux ? Thèmes légers (« Grigio ») ou tortueux (« Medley »), la gaieté n'y a pour meilleure facette que le romantisme de certaines ballades comme « Lennon », « Un jour » ou « Memorie ». A défaut d'esquisser un sourire, une indicible légèreté s'empare de nous.

La tristesse de la poésie italienne ne se feinte pas : à l'improvisation, la patience et la sensibilité paient toujours plus qu'une surexposition de ses capacités techniques ou mélodiques. Ainsi, la musique de Dino semble se baser sur une mesure constante de l'espace que l'on doit laisser pour les notes justes, et uniquement celles-là. A l'écoute de ces mélodies, certaines paroles de Miles Davis nous reviennent en tête : « La véritable musique est le silence et toutes les notes ne font qu'encadrer ce silence. »

Alexandre Lemaire