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Time and the River, c'est d'abord une collaboration entre le saxophoniste alto David Sanborn et le bassiste et producteur Marcus Miller qui ne date pas d'hier : en 1999 sortait Inside, un album où le jazz frayait avec le RnB (cf « Daydreaming »...) sur un son rétro typiquement 80's à l'efficacité redoutable quoique commerciale – ce que ne démentiraient pas les special guests Cassandra Wilson, Lalah Hathaway et Sting ! Un jazz fusion sulfureux qui séduisit son audimat par des pistes soigneusement travaillées (une belle reprise d' « Ain't no sunshine » entre autre) grâce auxquelles mister Sanborn, alias l'homme qui a joué avec Gil Evans, Stevie Wonder et même David Bowie, remporta 5 Grammy et 7 disques d'or. Merci Inside. Une bonne décennie plus tard, rebelote, David Sanborn et Marcus Miller fricotent à nouveau ensemble, pour Sony Music cette fois-ci. Question : ça donne quoi ?

Le cru, à première écoute, est supérieur. Toujours assez commercial mais beaucoup plus homogène et moins « crossover » que la récolte précédente. Entre les années 90 et les années 2000, il faut dire qu'il y a comme un fossé... Time and the River est un album vaporeux, de ces albums de charme un peu don juanesques ou quichottesques qui séduisent les oreilles avec une facilité déconcertante. Une Music to make love to your old lady by pour reprendre le titre du projet musical Lovage, l'ironie en moins... Avec tout le sérieux possible, David Sanborn flirte avec nos oreilles. On reconnaîtrait son jeu entre milles : un son ample et riche carrément langoureux. Et pour les jazzophiles cinéphiles par dessus le marché, je dois confesser que certains titres – « Seven Days Seven Night » surtout- me rappelle un bon vieux film américain de 1984 qui a bercé mon enfance : À la poursuite du diamant vert (Romancing the Stone) et sa bo d'Alan Silvestri. Même son smooth, même envie de décrocher les étoiles... David Sanborn et son saxo... à titre de comparaison, c'est un peu la voix soul de Randy Crawford sur « Windmills of your mind », version instrumentale. En plus chaleureux. Et plus puissant aussi.  Si la voix de la chanteuse s'accorde toujours parfaitement au smooth jazz en général, il faut reconnaître ici que, l'instrumentation se suffisant à elle-même, l'album eût pu se passer de voix. Les vocalises soul ou le seul bémol vraiment notable de ce Time and the River.

Quant au mariage basse / saxo, il offre un groove enjoué que les percussions de Javier Diaz et la batterie de Marcus Taylor relèvent habilement. Mention spéciale pour cette section rythmique qui transite la voix de Sanborn vers des rivages exotiques – « Spanish Joint » en est le parfait exemple. Le tour est joué, vous voilà conquis. Séduction facile pour néophytes ?

Pas si sûr. Faire du smooth jazz en échappant aux écueils du smooth jazz (formatage et commercial), c'est visiblement tout l'art de David Sanborn qui n'a pas pris l'ombre d'une ride, sinon celles du front sage, depuis son premier opus au groove ultra funk Taking Off (1975). Le résultat avec Time and the River : un succès non démenti.

Agathe Boschel

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