3149028064728_600 S'inspirer de l'ancien pour créer du nouveau : un défi qui peut relever du casse-tête pour certains musiciens. Pour d'autres, le changement de langage entre un standard et sa reprise s'opère immédiatement. Le guitariste David Chevallier est de ceux-là. Tirant la substantifique moelle des standards de Cole Porter, Arthur Schwartz, George Gershwin, Jerome Kern ou encore Miles Davis, il signe en trio un nouvel album, à la frontière du jazz moderne et de la fusion. On s'éloigne ici des « Broadway melodies » pour plonger dans une relecture « dé-constructiviste », parfaitement en phase avec les enjeux esthétiques de notre temps.

 

Plus désireux d'affirmer sa vision prismatique de ces standards, que de coller fidèlement aux partitions, David Chevallier inscrit ainsi cet album dans la lignée de ses précédents travaux. Son but : faire converser le jazz avec d'autres musiques. S'il s'est auparavant attelé à nouer le jazz avec d'autres styles comme la musique de chambre, la pop, ou encore le baroque, il tente ici de faire dialoguer cette musique avec elle-même, du moins avec son passé. Se façonnant un jeu proche de John Scofield et Kurt Rosenwinkel, il mêle l'hypnotisme aérien de ses ballades (« 'The Man I Love », « Alone Together »« I Love You Porgy », «  You Don't Know What Love Is », « The Way You Look Tonight », aux techniques de fusion du jazz moderne (« Solar », « You & The Night & The Music », « All The Things You Are »), sombrant, en fin d'album, dans les méandres du psychédélisme (« Strange Fruit », « What Is This Thing Called Love »).

 

En définitive, l'originalité de cet album repose avant tout sur une volonté de faire éclater les formes musicales existantes. Pour cultiver ce langage singulier, David Chevallier s'est armé d'une section rythmique exceptionnelle. Leurs noms - Christophe Lavergne (batteur) et Sébastien Boisseau (contrebassiste) -, vous évoquent peut-être quelque chose. Les deux hommes trainent en effet derrière eux une longue et brillante carrière d'instrumentistes dans diverses formations de renom. Ancré depuis toujours dans la tradition des grooves afro-jazz, Christophe Lavergne est ainsi devenu, au fil des années, l'un des batteurs les plus demandés sur la scène hexagonale, collaborant également avec des artistes du monde entier tels Ravi Coltrane ou encore Chris Brubeck. Enfin, Sébastien Boisseau, connu pour ses multiples collaborations avec Alban Darche (avec qui il a notamment fondé le label nantais Yolk Records), s'est très vite octroyé une place de choix dans les différents milieux du jazz, développant un jeu puissant et élégant aux côtés des plus grands (Pat Metheny, Louis Sclavis, Joachim Kühn, Simon Goubert...).

 

À eux deux, ils laissent planer une langueur certaine qui permet à David Chevallier d'affirmer toute son expressivité. Les dernières notes de l'album sont telles une caresse floydienne nous laissant l'arrière-goût d'une douce mélancolie. Démonstration vient d'être faîte que le jazz n'est que liberté et émancipation intellectuelle.

Sortie le 24 février (Cristal Records)

Alexandre Lemaire 

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