Un portrait lumineux, des couleurs riches et chaleureuses, quelques bijoux, des tissus bariolés en wax et en madras, typiques de l’Afrique et de la Caraïbe. Non, on ne parlera pas chiffons mais c'est ainsi que se présente la très belle pochette de « Petites Voix », le premier album de la chanteuse Cynthia Abraham.

La jeune chanteuse, issue d’une famille de musiciens, baigne dans le jazz depuis toute petite. Armée d’une formation classique, elle a commencé à se faire un nom sur la scène parisienne en participant à de nombreux projets dans des registres divers : gospel, soul, jazz, musiques brésilienne, afro-caribéenne… Ces différents répertoires ont forgé son identité musicale et elle les conjugue dans ces 8 chansons qu’elle a écrites et composées avec le concours de Ralph Lavital. La chanteuse y exprime en français et en anglais ses questionnements, ses revendications, ses observations sur le monde qui l’entoure… Le métissage et la quête identitaire sont également essentiels pour la jeune femme dont les racines plongent des deux côtés de l'Atlantique.

Les petites voix sont celles, explique-t-elle, qui nous soufflent à l'oreille les « il faut » ou « il ne faut pas », les regrets... C'est aussi la voix qui forme le fil conducteur de cet album. Utilisée comme un véritable instrument de musique, elle est parfois accompagnée par des chœurs ou démultipliée grâce à un looper. Elle est également mise en avant par un son très acoustique et une instrumentation assez réduite : guitares, voix principalement tandis que la batterie, le piano et la contrebasse ne sont présents que sur quelques morceaux. Néanmoins, les musiciens bénéficient d’espace pour s’exprimer et on peut ainsi entendre de brillants solos de guitare (Ralph Lavital et Anthony Jambon) et de piano (Leonardo Montana) ainsi que des percussions savamment dosées par Arnaud Dolmen, également à la batterie. Avec Zacharie Abraham à la contrebasse, ils sont les complices de longue date de la chanteuse. Ces jeunes musiciens, familiers des clubs de la capitale et en particulier ceux de la rue des Lombards, prennent peu à peu leurs marques au sein de la nouvelle génération du jazz français et quelques-uns sont connus pour leur affiliation au jazz caribéen.

Même si l’on apprécie ce beau voyage, on peut ressentir une certaine impatience au bout des premiers morceaux faisant figure d’introduction car l’ensemble met du temps à décoller. L’évocateur « Naissance » suit une « Introvisation », elle-même précédée du titre éponyme de l’album. L'accouchement se fait donc attendre et on regrette qu’un morceau plus uptempo comme le groovy "My light", souligné par une très belle contrebasse, arrive aussi tard. Néanmoins, on est touché par la sincérité de la chanteuse chez qui on perçoit même une certaine vulnérabilité. Son talent est encore en évolution mais déjà plein de promesses.

Fara Rakotoarisoa

Cynthia Abraham, Petites Voix, 2015