0002490588_10

 

 

Pour le jazz comme pour le reste (le football, les valeurs, l’amour, la littérature, etc.) on ne compte plus les nostalgiques assénant tristement que « c’était mieux avant ». Certes. Mais grâce à Clovis Nicolas, avant c’est maintenant. Car en matière d’histoire, Clovis Nicolas consacre ses Nine Stories à parcourir la grande, celle qu’avec un H majuscule on nomme Histoire du jazz. Et comme il le fait bien, on lui sait gré de faire taire les réactionnaires au rythme souvent effréné de ce premier album en tant que leader.

En neuf titres, ou neuf histoires, le bassiste raconte avec son sextet un certain jazz qui va puiser l’essentiel de ses inspirations quelque part entre les années 50 et 70, pour nous rappeler qu’elles ne sont toujours pas finies. Et si quelques cuistres laissent croire que le tour en a été fait après avoir écouté deux Coltrane et trois Mingus, crucifions-les à la contrebasse de Clovis Nicolas. La reprise du « The Bridge » de Sonny Rollins revivifie l’une des plus belles compositions du maître saxophoniste avec audace grâce notamment au son vintage de Luca Stoll au ténor. On pensait tout avoir entendu, et l’on s’était trompé.

Chaque titre semble vouloir incarner un épisode d’un récit qui peut aussi bien être celui du jazz que des musiciens de ce sextet. La reprise de « None shall wander » (Kenny Dorham) est ainsi un délice de ballade bossa portée avec talent par la guitare d’Alex Wintz et rappelle Getz et Gilberto. Les années 60 sont définitivement l’âge d’or de l’humanité. A tel point que Clovis Nicolas décide d’essayer d’y implanter ses propres composition : cinq en tout, toutes irréprochables, quoique ma préférence à moi aille vers l’enlevé « Juggling » que n’auraient renié ni Miles ni Sonny Rollins, encore lui.

Pourquoi donc, pourrait-on demander, jouer ainsi avec un rétroviseur ? Dans un premier temps, pourquoi pas ? Mais surtout, cet album n’est pas qu’un simple musée et si le classicisme de l’écriture et du band est indéniable, Clovis Nicolas porte surtout une voix singulière sur une musique qu’on a trop souvent crue épuisée. Le talent individuel et collectif des musiciens est mis au service d’un projet ambitieux pour un premier album mais mené avec légèreté, comme ce « Sweet Lorraine » où le duo basse-guitare fait des merveilles. Le talent de bassiste de Clovis Nicolas, déjà adoubé par les plus grands (Ron Carter, Brad Mehldau, Peacock…), éblouit dans des compositions personnelles bluffantes.

Ce premier album est bien plus une confirmation qu’une promesse. Confirmation que le jazz c’est toujours mieux, maintenant ou avant. Confirmation aussi que la scène new-yorkaise est définitivement encore l’une des plus dynamiques et diversifiée qui soit, tant le Français a depuis plus de dix ans installé ses valises et sa musique de l’autre côté de l’Atlantique. Nine stories qui permettent de se persuader que les années 60 n’ont jamais autant séduit qu’en 2014.

Pierre Tenne

Member Login
Welcome, (First Name)!

Forgot? Show
Log In
Enter Member Area
My Profile Not a member? Sign up. Log Out