MAC1095CecileMcLorinSalvantFOTL1500x1500cmyk
MAC1095CecileMcLorinSalvantFOTL1500x1500cmyk

Après un début retentissant marqué par l’opus Womanchild, la chanteuse Cecile Mc Lorin Salvant nous revient avec le très attendu For One to Love, paru sur le label Mack Avenue. Celle que l’on présente comme digne héritière des grandes chanteuses de jazz comme Ella Fitzgerald ou Billie Holiday prouve ici qu’elle mérite bien ce titre. Elle est à nouveau épaulée par le pianiste Aaron Diehl qui l’accompagne depuis son premier album. Paul Sikivie à la contrebasse et Lawrence Leathers à la batterie complètent l’équipe.

For one to love se veut être une déclaration d’amour : l’amour partagé, disparu, rêvé… Ah, l’amour ! Ce thème central se décline à travers 12 titres dont 5 compositions personnelles. Si les nombreuses ballades- romance oblige- peuvent au départ lasser, on se laisse rapidement convaincre par le deuxième disque de la jeune chanteuse (25 ans au compteur). Elle nous amène dans des univers différents où le mystère et la gravité côtoient la grâce, l’humour. On la retrouve tour à tour sensuelle, mordante, espiègle. Elle joue avec une aisance déconcertante avec les notes, les mots, les rythmes. Son impressionnante technique vocale lui permet aussi de jouer avec les textures, à l’instar d’une Sarah Vaughan dont elle ne cache pas l’influence sur son travail.

Avec son phrasé délicat, elle distille grâce et fraîcheur sur « The trolley song ». Appuyée par une section rythmique efficace, elle livre un swing enjoué sur « Underling », contrastant avec les paroles sombres du morceau (« All my dreams are disaster »). En revanche, « Le mal de vivre » au piano/voix, une reprise de Barbara, nous laisse sans équivoque aux prises avec le désespoir. Elle reprend également « Growlin’ Dan » où elle défend avec force minauderies et grognements son homme, un macho possessif. Ce morceau est signé de Blanche Calloway, première femme ayant dirigé un orchestre exclusivement masculin. Cecile McLorin Salvant se dit en effet inspirée par les femmes ayant marqué l’histoire du jazz. On se rappelle que dans son premier album, elle a rendu hommage à Valaida Snow, une musicienne et chanteuse avant-gardiste du début du XXème.

En formidable conteuse, elle réussit avec brio à donner un côté théâtral à son interprétation. Elle nous raconte ainsi l’histoire des sœurs de Cendrillon, moqueuses dans « Stepsister’s Lament ». Elle incarne ensuite une femme désespérément amoureuse qui supplie l’homme qu’elle aime de la regarder dans « Look at me ». Dans le même morceau, elle est poignante puis légère, rêveuse. Cette multiplicité se retrouve sur le visuel illustrant l’album : il représente le visage d’une femme qui affiche à la fois un sourire, des larmes et une grimace. C’est aussi le visage de l’amour puisqu’il procure une grande joie mais fait aussi mal. Soulignons enfin le travail que la chanteuse a également fourni en illustrant la pochette et le livret de son album. Une artiste totale.

Fara Rakotoarisoa