bm copy

Voilà un demi-siècle qu'est né le chef d'œuvre de John Coltrane, A Love Supreme. Réveil spirituel pour son compositeur, mythe péremptoire pour les générations à venir... le disque continue de fasciner avec son esthétique unique que peu sont parvenus à retransmettre. Dernièrement, c'est le Dal Sasso/Belmondo Big Band qui, de manière orchestrale, s'y est brillamment attelé. Mais dès lors qu'il s'agit de faire face, en quartet, à une telle reprise, les candidats ne foisonnent pas. Alors doutez-vous bien que lorsque nous avons appris la réédition (CD+DVD) du concert hommage au Love Supreme, donné par le Branford Marsalis Quartet en 2003 à Amsterdam, nous avons immédiatement saisi l'occasion de vous en toucher quelques mots !

Au premier abord, il semble terriblement difficile de parler d'un si bon disque ! Surtout lorsque son écoute repose davantage sur une compréhension instinctive (et presque physique) de ses vertus spirituelles, que sur une quelconque analyse de phrases, de formes et de couleurs. Référentiel sans être imitatif, il serait injuste d'établir une comparaison directe entre le chef d'œuvre originel et sa réadaptation, tant le premier est une ode à Dieu, et le second une ode à son saint saxophoniste. Mais bercé depuis des années par la prière coltranienne que constitue A Love Supreme, le défi se révèle, bon gré mal gré, à notre hauteur.

La partie 1 - « Aknowledgement » - s'ouvre sur un long solo de sax de Branford Marsalis, sublimé par le son cristallin de Joey Calderazzo (au piano) et le jeu de mailloches de Jeff « Tain » Watts derrière les futs. Dès l'introduction, on tend à s'éloigner des phrasés originels du disque sans en dévoyer toute la grandeur : le fameux motif de contrebasse joué sur quatre notes (ici, interprété par Eric Revis) n'apparaît qu'au bout de 2'30 (contre 40 secondes sur la version originale). Ici, pas de prière chantée, mais une bonne dose d'expressivité. Il est d'ailleurs à noter que chaque titre est rallongé de manière à laisser parler, autant que faire se peut, le cœur des artistes. Sur la seconde partie « Resolution », Marsalis fait brièvement tourner le motif d'introduction (dans un ton peut-être moins sec que celui de Coltrane), avant de partir sur une chaude improvisation et de revenir sur le thème d'origine. C'est là qu'intervient Calderazzo : un solo de piano d'une grande fluidité devant un auditoire halluciné. Ni plus, ni moins.

À mi-chemin de la prestation, les acclamations du public en émoi jaillissent face à un solo de batterie simplement renversant. Il va de soi que Jeff « Tain » Watts est un génie de la percussion, une locomotive émotionnelle autant capable de dextérité que de puissance. Au delà de cette leçon absolue de rythme, il apporte à l'œuvre de nouvelles textures : une frappe assurément plus musclée, mais aisément nonchalante. Un délice.

Puis vient l'heure de la 3ème partie « Pursuance », le moment de l'album où tout le monde se lâche véritablement (un solo de Branford Marsalis qu'il convient d’encenser à sa juste valeur) avant d’entamer le grand final, « Psalm ». Là, c'est au tour d'Eric Revis de venir capter toute notre attention. L'énergie de ses pizzicatos fournit au quatuor le carburant pour amorcer dignement la fin du concert. Le point d'orgue à cette célébration est dès lors donné : le groupe parvient, dans une puissance passionnée, à capter toute l'intensité spirituelle du titre d'origine. A l'issue de ce fabuleux moment d'écoute, la barbe nous a poussé. On se dit avoir atteint la plénitude devant la réincarnation d'un tel monument. Et c'est le cas.

Alexandre Lemaire

Member Login
Welcome, (First Name)!

Forgot? Show
Log In
Enter Member Area
My Profile Not a member? Sign up. Log Out