bigre-bigband_to.bigre.or.not_w Avertissement: ceci n’est pas une dissert de philo.

On a tout de même pas mal parlé de ce To Bigre Or not to Bigre et j’aurai du mal à ajouter de nouveaux adjectifs pour décrire ce projet jubilatoire, groove, funk, jubilatoire et jouissif, novateur, jubilatoire, audacieux, puissant et bien sûr, jubilatoire. Alors bien sûr, je jubile comme tout un chacun qui écoutera les 19 musiciens du Bigre ! Big Band, mais pourquoi répéter ce que d’autres ont déjà dit mieux que moi ? Donc, et pour pourrir l’ambiance, je me suis demandé ce qu’on entendait par jubilation et jubilatoire. Analyse sémantique.

Du latin jubilare, « pousser des cris de joie », l’adjectif jubilatoire apparaît au XIXe siècle et désigne toute chose inspirant ou exprimant la jubilation, c’est-à-dire une joie intense. Le mot connaît son véritable essor dans le cadre du développement de la pop-culture à partir des années 1990 où il est approprié par les professionnels du marketing et de la communication. Les intellectuels honnêtes (entendons « relous ») s’entendent pour dire que le mot est désormais plus que galvaudé.

Pour autant, le Bigre ! Big band inspire et exprime effectivement une joie intense : sur « Jean No’s Dance », chaque début de chorus des cuivres donne des envies d’amour. C’est physique : on est heureux et joyeux comme des mômes devant ce groove imparable et les hommages réussis au meilleur funk :celui de Parliament et Funkadelic. La pochette de l’album rappelle d’ailleurs les meilleurs albums de Georges Clinton avec ces collages agrémentés de références SF kitchissimes.

Jubilatoire, donc ? Ce serait trop simple. L’album ne se réduit pas à cette joie qu’il inspire, et ne dit par exemple rien de l’humour du Big Band qui se loge dans les titres (« Top Pizza », « Hate Love : Whatever ») comme dans la musique et notamment dans le mélange de la guitare de N. Mondon avec la section des cuivres (toute l’intro de « Ça va été ? »). La jubilation ne permet pas plus de saisir deux inspirations géniales du groupe : les incongruités de l’écriture de Félicien Bouchot (membre du Grolektif) qui sonnent avec une fraîcheur rarement entendues, et les voix naufragées des années 70 des trois chanteurs.

Qu’il soit funk, groove, ou puissant, To Bigre Or not to Bigre est simplement un album excellent qui mérite tout le bruit qu’on en fait. Il ne sert à rien de chercher un nouvel adjectif : la joie communicatrice du Big Band est une évidence qui s’impose dès la première écoute. Jubilatoire.

Pierre Tenne