III_(BadBadNotGood_album)  

On n'a pas fini d’inventer des genres musicaux qui se résument parfois à un seul groupe. Le trio de sale gosses canadiens mêle jazz mélancolique, rock furieux et électro inquiétante sur un thème hip-hop se créant un univers fantasmé qu’ils partagent volontiers avec d’autres pointures comme Tyler the Creator ou Frank Ocean.

Le Canada est résolument une terre fertile en innovation musicale, du rock prog merveilleux de Godspeed à l’alternative pop de Arcade fire, il y a là un paysage musical unique. C’est dans ce contexte que grandissent les gars de BadBadNotGood et on ressent ces influences dans tous leurs albums.

Trois albums sortis, des débuts remarqués avec BBNG(2011) et la consécration avec sa grandiose suite BBNG2(2012), qui à tout égard semble être leur chef d’œuvre. Aujourd’hui de retour avec III ils semblent achever une trilogie. En effet les albums se ressemblent, ils n’abandonnent que très rarement le savoureux mélange d’univers dont ils ont le secret au risque de lasser à certains moment sun auditeur qui reconnait pourtant leur génie créatif.

Il n’y a aucun doute sur ce point, beaucoup de talent mais paresseux, sur ce dernier album on ne retrouve pas la folie qui animait un superbe morceau comme "Flashing Light", ici les morceaux s’enchainent très bien sans fausse note mais aucun ne se distinguent des autres à part peut être "Can’t leave the night", et sa batterie possédée, qui d’ailleurs fût balancé gratuitement sur le net avant la sortie de l’album histoire de faire saliver les afficionados.

Sinon on reste pour la plupart des morceaux sur le schéma Montée/descente/Montée/explosion/calme…etc, ils empruntent donc au post-rock dans leur construction musicale. "Since you asked kindly" est le morceau le plus électronique de l’album, là où d’habitude la batterie mène la danse un synthé donne le ton sur un nostalgique beat seventies qui rappelle un certain Kraftwerk.

C’est donc ça BadBadNotGood, des morceaux plutôt longs, un éclectisme dans les influences où l’on débute avec un batteur sauvage (Alexander Sowinski) cajolé par la quiétude d’un synthé/piano mélancolique (Matthew A.Tavares), auxquels vient s’ajouter la basse (Chester Hansen) et c’est dans les moments les plus calmes que se libère leur amour du jazz.

C’est une petite déception qu’on ressent au sortir d’un album qui aurait pu terminer cette trilogie de manière prodigieuse mais se contente d’affirmer leur style sans en sortir réellement. Néanmoins il faut reconnaître qu’ils ont su installer une ambiance glauque dans leurs albums, parfois malsaine, reprenant des titres connus à leur sauce.

Un peu plus de rigueur et de complexité musicale et ils pourraient bien s’élever comme représentant d’un nouveau genre.

Thomas Licata