The Amazing Keystone Big Band, Le Carnaval Jazz des Animaux (Moose)

Deux ans après le succès de Pierre et le Loup… et le Jazz, l’Amazing Keystone Big Band reprend le Carnaval des Animaux, d’après l’œuvre de Camille Saint-Saens. Le groupe effectue une relecture décoiffante du conte musical et restitue bien l’esprit d’une pièce qui se voulait, à l’époque, une satire de la société. Elle a été mise en mots par la plume espiègle de l’auteur Taï-Marc le Thanh tandis que Rose Poupelain y a apporté ses très belles illustrations, aux couleurs vives et aux personnages éloquents. Le livret-cd constitue une petite pépite qui refera plonger en enfance les jeunes et les moins jeunes.

Pour cette réinterprétation, le loup prend la place de figure centrale et de narrateur au long des 14 morceaux. Il est incarné avec brio par Edouard Baer dont la gouaille sied parfaitement à ce personnage paré de tous les vices mais surtout d’une gourmandise insatiable. Avec l’aide de son ami le lion, il échafaude toutes sortes de plans pour se rendre au carnaval des animaux où il compte faire un festin en mangeant ceux qui seront présents. Son épopée farfelue est semée d’embûches et son étiquette de roi des animaux s’en retrouve sérieusement écornée. Ses aventures, contées avec plein d’humour et d’auto-dérision, en font un loup au fond pas si méchant que ça.

Dans cet univers fantastique, chaque animal est représenté par un instrument. Le lion, campé par le trombone, en impose avec un swing plein de panache. Il mérite amplement son titre de roi de la jungle et dicte sa loi aux poules et aux coqs qui caquètent sur des trompettes funky. La tortue nonchalante est incarnée par un saxophone ténor. On tombe même sur un hémione dont la description et l’imitation sont hilarants. S’ensuit une course-poursuite à toute berzingue complètement rock. Puis, après avoir subi la colère d’un éléphant-tuba, le loup - qui a oublié qu’il ne sait pas nager - plonge avec les poissons, interprétés par le bugle, dans une ambiance aquatique. Les oiseaux, flûte virevoltante, l’emmènent ensuite dans une jungle colorée et animée par une joyeuse samba. Le cygne, quant à lui, glisse sur une belle ballade, tout en grâce et en élégance. Le final, après un suspense entretenu par les notes graves d’un piano, offre un dénouement inattendu mais non moins heureux. C’est une fête retentissante : le big band entier jubile sur swing fou !

L’Amazing Keystone Big Band livre ici un formidable panorama de la musique jazz sans oublier de s’amuser et, au passage, d’éduquer un public large. Et même s’il se frotte à différents univers musicaux et garde bien les pieds dans son époque, il s’inscrit dans l’esprit traditionnel des big bands à la Count Basie. Menée par Jonathan Boutellier, Frédéric Nardin, Bastien Ballaz et David Enhco, la jeune équipe est composée de 19 musiciens. L’addition de leurs talents offre à cet orchestre une riche palette de sonorités et de rythmes tout en transmettant une énergie débridée et contagieuse. Attention, on se laisse facilement gagner !


autres articles