Encore un album d'Onze Heures Onze ? Dame ! Mémo pour 2016 : faire une unique chronique pour toutes les parutions du collectif.

Alexandre Herer, c'est le pianiste. Audiometry, c'est son dernier album, sorti il y a quelque temps déjà. Son quintet, c'est celui qui ne surprendra pas les habitués de Onze Heures Onze : Stéphane Payen (alto), Julien Pontvianne (ténor), Olivier Degabriele (basse et au passage également Akalé Wubé), Frank Vaillant (batterie). Ça passe.

Sa musique, c'est compliqué, car si les collègues ont souligné pour ses précédents albums l'influence « stevecolamienne », on perçoit ici des envies d'ailleurs, d'enrichissement musical et sonore revendiqué par Herer, inspiré selon ses mots par les influences transverses de Messiaen, Monk et du post-punk. Alors oui, Steve Coleman et M-Base sont bien présents, dans cette métrique du son qui donne son titre à l'album et emprunte beaucoup au travail rythmique du saxophoniste états-unien... Et oui aussi pour l'approche extrêmement intellectuelle de ce travail de mélange des genres et de chimie musicale qui parfois donne à l'ensemble un caractère emprunté, presque obséquieux (le bis de « Metric #3 »). Pif.

Cela entendu, et entendu également l'aveu que ce reproche de sophistication pourrait somme toute s'appliquer à tant de musiques et de musiciens actuels qu'il en devient presque inopérant, Audiometry a tout d'une réussite, dans son ambition de pousser plus loin l'exploration des problématiques rythmiques jalonnées par Steve Coleman et ses suiveurs. Les emprunts aux doubles traditions – une certaine musique classique contemporaine comme la scène rock-post-punk-shoegaze-wtf – dans une esthétique jazz feutrée (je n'ai pas dit pédante, ni couarde) fonctionne à plein régime dans un album qui a l'intelligence d'être court tout en sachant monter en puissance.

A propos d'émancipation, de maturation, d'exploration, du -ion que vous souhaiterez, le plus frappant est cet enrichissement dont témoigne la musique d'Alexandre Herer au point de vue harmonique, presque orchestral, le trio originel s'étant mué en quintet talentueux avec invités (ici Magic Malik et Olivier Laisney, interventions remarquables). Plus que dans la question toujours insoluble des origines, des influences et du travail intellectuel, cette tentation d'une convivialité plus grande trace dans le canevas de l'univers du pianiste un sillon des plus fascinants, dont Audiometry semble ouvrir le tracé. Et c'est très bien comme ça.

Pierre Tenne

Alexandre Herer, Audiometry, Onze Heures Onze, 2015

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