AlbanDarche_Stringed Alban Darche Stringed, L'Horloge, Cristal Records, sortie le 10 février 2015

« Eteignez les horloges » ! Une inspiration poétique guide le dernier album d'Alban Darche : le célèbre poème de Baudelaire ; la mécanique du temps comme « dieu sinistre,effrayant, impassible ». Mélancolia... D'où sans doute le crâne mauve sur la pochette – je recèle, il est vrai, beaucoup de sagacité. L'horloge n'est pas l'album le plus jovial de la discographie du saxophoniste, qui délaisse pour un temps ses cubes pour les cordes.

Cette musique surprenante dans la production d'Alban Darche apporte une nouvelle preuve de son désir d'exploration et de mise en danger, porté loin dans cette expédition non seulement dans le spleen du « Temps qui passe » - titre ici d'un morceau - mais aussi d'une certaine musique dite classique, notamment l'oeuvre de Bartok. D'où la formation dominée par les cordes éponymes, voire par les archets : seuls le saxophone du leader et la guitare de David Chevallier viennent perturber cette hégémonie.

Cette visite rendue au « classicisme » offre des moments d'audace séduisants dans la confrontation entre des formes très modernes – tel l'ostinato de la guitare électrique sur « Le Temps S'enfuit » - et une écriture très proche des inspirations classiques de l'album, qui accumule fréquemment les couches sonores avec une rigueur et une profondeur indécrottables (« Sésame »). Plus qu'à Bartok, c'est d'ailleurs à d'autres compositeurs qu'on ne peut s'empêcher de penser : notamment les quatuors de Janacek personnellement, tant le goût pour l'ambiguité dissonante et la sobriété harmonique structure le propos des musiciens (« Quatuor la Loi »).

Un bel album en définitive, réfléchi et maîtrisé, inattendu sans nul doute tant Alban Darche pose avec L'Horloge pleinement le pied dans la musique classique/contemporaine, avec une langueur certaine qui fera déconseiller l'album aux dépressifs – pour mieux le recommander à ceux qui se convainquent que les chants les plus beaux sont les plus désespérés ! Belle musique à n'en pas douter, dont on regrette toutefois le caractère d'exercice de style que ne parviennent à gommer toujours le talent des musiciens ni les compositions ciselées et irréprochables. Pour être honnête, l'audace à l'origine de ce projet semble conduire naturellement à ce reproche, qui pourra s'adresser à toute musique à clef faisant le pari courageux de s'inscrire dans une tradition où on ne l'attendait pas. Le temps passe, certes, mais rien de bien étouffant avec ces cordes d'Alban Darche, à qui l'on n'oserait dire « Meurs, vieux lâche ! il est trop tard ! »

Pierre Tenne

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