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Nouveau Live in Marciac après Lucky Peterson, nouveau Ahmad Jamal à la suite de Blue Moon et Saturday Morning ; le label JazzVillage sait y faire et voit grand. Obsessionnel compulsif d'un naturel buté, je répète le reproche fait à propos du live de Peterson : un live n'est pas simplement un concert mis en disque, et ce Ahmad Jamal souffre autant (à mon sens) de ce manque au niveau de la production qu'un DVD du concert ne vient pas combler, d'autant que celui-ci est l'exact décalque filmé de l'album - de façon irréprochable et fort habile faut-il préciser.

Pour ce qui est de la musique, deux mots suffiraient : Ahmad et Jamal. Un des derniers monstres sacrés, le mec qui a dit non à Kind of Blue. Ahmad Fucking Jamal ! Qui retrouve la légèreté de son toucher du Ahmad's Blues (1959), ce toucher si suave que n'importe quel autre pianiste en ferait dégouliner son swing. Mais pas Ahmad, bien aidé par une rythmique de haute volée dans l'ambiance très latino de ce concert ; notamment, et dès les premières notes (« Sunday Afternoon ») un impressionnant Reginald Veal à la contrebasse.

Sans tomber en pâmoison avec des liner notes presque mystiques, ce concert a de la gueule. Cabotin toujours (« The Gipsy »), sage, tendre comme cet hommage à Horace Silver (« Silver »), compagnon de route récemment parti, Ahmad Jamal produit un concert entier où tout son talent et sa palette si riche s'expriment avec une cohérence et un rythme haletant, s'accordant même des soli tendant à une abstraction qu'il n'a jamais véritablement mise au cœur de sa musique (« Strollin », repris de Silver »). Plus généralement, c'est d'ailleurs un Jamal surprenant que laisse entendre ce disque, dans lequel les silences qui l'ont rendu célèbres ne sont plus aussi envahissants, un Jamal qui fait sonner par moments ses mélodies hors des blocs harmoniques qu'il a toujours affectionnés. Un constat qui sans être totalement inédit dans la discographie du pianiste fait de ce disque l'un des plus intéressants de celle-ci depuis longtemps, y ajoutant une touche de sincérité et d'émotion moins prégnante dans ses derniers albums studios.

Etonnamment clivant dans le milieu du jazz, Ahmad Jamal prouve dans ce Live in Marciac qu'il n'est pas réductible aux clichés apposés sur sa musique, son jeu et les marottes de ces derniers, aujourd'hui plus que cinquantenaires. Bien entouré par un quartet qui le fait sortir de ses gonds avec intelligence – notamment Manolo Badrena aux percus, passé par Weather Report – le pianiste a emballé Marciac avec une énergie et une musique juvéniles. Ce concert en est une trace précieuse.

Pierre Tenne

Ahmad Jamal, Live in Marciac. August 5th 2014, JazzVillage/Harmonia Mundi, 2015

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