0e0151c786a983c817cb09924b9eca0d En novembre dernier paraissait chez Sunnyside Records The Now, cinquième disque pour ce trio qui sévit depuis maintenant plus de quinze ans, composé d’Aaron Goldberg au piano, Reuben Rogers à la contrebasse et Eric Harland à la batterie.

Le concept même de ce dernier opus réside dans le titre : The Now. En effet, le pianiste nous prouve ici son amour pour le principe fondateur du jazz qu’est le partage, l’échange autour de l’improvisation spontanée en nous présentant un ensemble de compositions qui pourraient être apparentées à des terrains de jeux (cf mon interview avec Aaron Goldberg).  Je m’explique. Ces compositions sont toutes pensées et écrites dans le but d’optimiser toujours plus la place laissée à l’interaction entre les musiciens, que ce soit pendant les solos mais aussi pendant les thèmes ou les codas. En fait, même les parties les plus écrites de l’album sont exploitées de manière très libre, le tout procurant une impression constante de détente et de légèreté. On dirait du ‘live’. C’est ce que je me suis dit dès la première écoute. Et cette sensation de musique qui prend vie aussi bien dans des enceintes de voiture que dans un club de jazz à la lumière tamisée a une fâcheuse tendance à me rendre sans voix. J’adore ça ! On comprend donc bien vite le titre du disque et le besoin quasi-organique du trio de se laisser envahir par la musique, de se perdre volontairement dans le présent et de lui laisser, sans retenue, ce qui lui est dû : une performance qui aurait sans aucun doute été radicalement différente si elle avait été enregistrée quelques secondes plus tard.

Forte de cette spontanéité, la musique ici est aussi totalement dépourvue de ce qu’on pourrait trivialement qualifier de « bullshit ». Elle est d’une honnêteté rare car ne s’aventure jamais dans les méandres de la complexité artificielle et évolue dans un monde libre de toute démonstration technique. Existe-t-il plus admirable qualité que de briller dans la simplicité ? Dur à imaginer lorsque l’on écoute, par exemple, un morceau comme « Yoyo », deuxième piste de l’album, construit dans le plus grand respect de la tradition : une forme standard dite ‘AABA’, un solo de piano au cours duquel Aaron Goldberg semble même citer le thème du standard « You & the Night & the Music », un riff simple mais très efficace utilisé en intro et repris à la fin pour terminer sur un moment d’échange tout ce qu’il y a de plus heureux. Aucun artifice, donc, au sein de cet effort collectif et pourtant, pas le temps de s’ennuyer. On dirait du ‘live’.

Des ballades brésiliennes (« Triste Baía da Guanabara ») au bebop enflammé (magnifique version du blues de Charlie Parker, « Perhaps »), le trio trouve toujours le moyen de transformer avec beaucoup de goût son répertoire en plateforme d’échange, de partage et de conversation. Que ce soit dans le jeu très libre d’Eric Harland, l’évidente logique narrative des solos d’Aaron Goldberg ou le time en acier trempé de Reuben Rogers, tout le monde trouvera son compte dans cet album riche en moments sincères, j’en suis persuadé. Et comme si ce dernier ne nous offrait déjà pas assez de belles surprises, on découvrira avec beaucoup de plaisir la participation du guitariste Kurt Rosenwinkel à la toute dernière piste intitulée « One Life ».

Antonin Berger

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