Akpé Motion - Migrations (Great Winds/Musea Records)

L’album commence avec la voix d’Alain Brunet, organique, qui délivre un bref extrait d’un poème de Paul Eluard Exil, juste avant qu’il ne s’empare de la trompette et nous entraîne dans cet album au titre significatif et résolument engagé Migrations.

Avec « The Clock » et « Désert », les deux premiers morceaux composés par le guitariste Jean Gros, l’évasion sonore s’appuie autant sur le son clair et puissant de la trompette que la cadence solide et subtile de Pascal Bouterin. À la basse et aux voix, Luis Manreza nourrit cette transe persistante. Tout au long de ce troisième opus, écrit et composé par le quartet au complet, l’errance, c’est celle du courant invisible qui s’étend au dessus des rythmes, portés par les voix, le cuivre, les percussions, et qui accompagne l’être humain.

Des couleurs surviennent qui rappellent un lieu, une halte, un échange. Les routes les plus séduisantes se transforment en espaces âpres et solitaires. Le rock et le jazz psychédéliques s’échappent, devenus à leur tour sujet de la migration. Le pluriel vaut pour tous les paliers, ceux que les musiciens aussi gravissent entre deux étages. Le paysage se resserre, la piste d’atterrissage sur fond de guitare conduit à une scène, un bar, une table. Alain Brunet a écrit un texte qui introduit le titre éponyme de l’album « Migrations ». Pour des musiciens qui parcourent le monde, l’indifférence est impossible et ils tiennent à dénoncer la folie qui se déroule devant nos yeux à tous. La tonalité est voulue, dérangeante. Elle suspend l’écoute et pourrait même l’interrompre. Il y a donc dans l’album un passage délibéré pour que la parole ne soit pas reléguée à un tour de piste sur scène entre deux titres. C’est ce que l’on voudrait ne pas trouver dans un album de jazz qui finalement retient l’attention et fait passer le message. 

À l’origine de la formation, il y a la rencontre de Pascal Bouterin, revenu d’un voyage au Togo avec dans ses bagages la naissance et le nom du groupe Akpé (« merci »), avec Alain Brunet en 2008. La musique est par essence nomade et les quatre musiciens ont à leur actif de nombreuses participations dans des orchestres aussi différents les uns que les autres, dans de multiples pays. Ensemble, ils ont entrepris de redéfinir la transe méditation (qui est aussi un instrument redoutable de Pascal Bouterin) alliée à l’inspiration électrique de Miles Davis. C’est loin d’être une boutade. Le son de Brunet, connu pour sa culture jazz, a envahi de nombreux albums, scènes, festivals, à travers le monde. Compositeur, soliste, chef de plusieurs orchestres, il a été entre autres membre du sextet de Prince Lawsha, de 1996 jusqu’à sa mort en 2008, et a signé sur pratiquement tous ses albums. Le quartet est à l’image de sa discrétion, il n’y a pas de bruit dans cet album, il y a de la pulsion, du groove et de la liberté. C’est peut-être l’esprit de Miles, le jazz qui sans être musicalement « free » n’a rien de gratuit. 

Alain Brunet (trompette, bugle et voix), Jean Gros (guitare), Luis Manresa (basse et voix), Pascal Bouterin (batterie et voix)


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