Ce vendredi, Larry Willis et Buster Williams joueront ensemble au Sunside. L'occasion pour nous de revenir sur deux carrières prolifiques démarrées au tournant des années 60-70 mais ne commençant guère sur un même pied d'égalité. Né à Camden d'un père contrebassiste Charles Anthony Williams, Sr., Buster Williams baigne dans le jazz dès sa plus tendre enfance. En entendant un jour son père interpréter le Star Dust d'Oscar Pettiford, c'est la révélation : il jouera de la contrebasse ! A peine sorti du lycée, notre jeune homme commence à s'exercer avec le pianiste hardbop Sam Dockery, qui joue de son côté avec Jimmy Heath et Sam Reed. Un soir de l'année 1959, il remplace son père dans une jam session. Sitôt repéré et contacté par Sam Reed, il est finalement remarqué par Jimmy Heath qui l'engage dans son quartet. Désormais Buster Williams se fera la main avec Sam Dockery et le légendaire batteur Specs Wright. C'était presque inévitable.

En 1960, il se lance dans une tournée avec Gene Ammons et Sonny Stitt. De cette formation trio populaire sortiront deux albums enregistrés en août 1961 à Chicago, premiers d'une longue série pour Buster Williams : Dig him ! sous le label Argo et Boss Tenors sous le label Verve.

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De son côté, Larry Willis, en digne enfant de Harlem, grandit entouré des grands noms new- yorkais : Duke Elligton, Leonard Bernstein et le joueur de baseball Willie Mays entre autres... Et si la vocation de contrebassiste paraît aller de soi pour William, il n'en va pas de même pour Willis : c'est en tant que voice major pour la High School of Music and Art de New-York qu'il accomplit ses premières gammes ! Et aussi étrange que cela puisse paraître, il fera son premier enregistrement sur un opéra de Copland avec le Music And Arts Choral Ensemble de Chicago...dirigé par Leonard Bernstein ! Pourtant le jazz n'est jamais loin et parmi ses camarades de classe, on cite Jimmy Owens, Billy Cobham ou Richard Tee. L'enjoignent-t-ils à abandonner le chant ? Possible. Toujours est-il qu'à 17 ans, il se décide enfin à apprendre le piano en autodidacte. Hallelujah dirons-nous !

Quatre mois plus tard, c'est sans dieu ni maître qu'on le retrouve sur scène dans une formation trio avec deux de ses camarades de classe : le batteur Al Foster et le contrebassiste Eddie Gomez. Encouragé par son frère pianiste classique accompli et par son ami Masekela, il finit pourtant par prendre ses premières et dernières leçons avec le légendaire professeur new-yorkais John Mehegan. A 19 ans seulement, il est engagé comme pianiste et compositeur par Jackie Mc Lean. Deux de ses compos personnelles, « Poor Eric » et « Christel's Time », figureront sur Right Now ! (1965) sous le label Blue Note. Pour un début, c'est un bon début !

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S'ensuivent pour nos deux piliers des carrières fulgurantes riches en collaborations : de 1961 à 1968, Buster Williams joue tour à tour avec Dakota Staton, Betty Carter, Sarah Vaughan (qui lui permet de rencontrer le grand Miles lors d'une tournée européenne), les Jazz Crusaders, Miles Davis et Kenny Durham. Puis c'est un retour aux sources new-yorkaises haut en couleur qui le propulse sur le devant de la scène jazzistique de l'époque : Art Blakey, Herbie Mann, Herbie Hancock, Mary Lou Williams... Buster enregistre pour Atlantic, Blue Note et Prestige avec une foule d'artistes dont McCoy Tiner, Dexter Gordon, Roy Ayers, Stanley Turrentine, Frank Foster...avant de se consacrer plus exclusivement aux territoires électroacoustiques du sextet d'Herbie Hancock. De son côté, Larry Willis poursuit en grande pompe son petit bonhomme de chemin. Après l'épisode Jackie McLean, il enchaîne les collaborations magistrales : Lee Morgan (sur l'album Infinity encore et toujours en compagnie du divin Jackie Mc Lean), Dizzy Gillepsie qu'il appelle son second père (« my second father, and the world's greatest comedian »), Woody Shaw, Hugh Masakela, Cannonball et Nat Adderley, Stan Getz, Art Blakey, Art Taylor, Clifford Jordan, Carmen Mc Rae et Shirley Horn... Preuve de sa versatilité, il jouera même dès 1971 pendant sept ans avec le groupe de jazz-rock fusion Blood, Sweet & Tears. L'album New Blood sorti en 72 résume à merveille cette période phare ayant certainement grandement influencé ses compos personnelles.

Des collaborations très éclectiques qui, on s'en doute, ont certainement grandement influencé leur discographie de leadership... Après un premier album jazz-soul extraordinaire, A New Kind Of Soul (1970), Larry Willis compose Inner Circle (1973), album typique pour le coup de la scène jazz électroacoustique des années 70 inaugurée par Miles Davis dans ses anthologiques In A Silent Way et Bitches Brew sortis trois ans plus tôt. Par la suite, Larry abandonnera quelque peu la ligne soul /fusion au profit d'un jazz élégant et raffiné reflétant une virtuosité pianistique inégalable. Quelques albums solos à retenir dont la fameuse relecture des spirituals Solo Spirit (1992) et la palette de standards Unforgettable (1995), révélant un pianiste tout aussi à l'aise dans les nuances que dans les harmonies.

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Et notre cher William alors ? En 1975, quelques années seulement après A New Kind Of Soul, sort Pinnacle, un album dans la droite lignée du Mwandishi d'Herbie Hancock en compagnie du célèbre trompettiste Woody Shaw...suivi d'une série d'albums entre smooth jazz, spiritual jazz, free et postbop au prestige redoublé par la mirifique présence du pianiste Kenny Baron : Crystal Reflections (1976), Hearbeat (1978) ou encore Dreams come true (1980), album étonnant dans

sa facture qui libère dès l'intro une série de voix évanescentes descendues d'un ciel bleu azur des plus serein. Avec Something more, notre homme travaille son jeu en profondeur, offrant un jazz beaucoup plus dramatique servi par un quartet d'excellence : Wayne Shorter, Herbie Hancock et Al Foster. Pour l'anecdote, on l'entendra même pousser la chansonnette dans Joined The hip (2002)...à croire que les contrebassistes sont nés pour faire entendre leur voix un beau matin : dois-je rappeler à votre bon souvenir notre cher Avishai Cohen ? Mais c'est sans nul doute avec Griot Liberté paru chez HighNote en 2004 qu'on atteint l'apothéose du style « williamesque », dans ce mariage parfait entre jazz spiritual et contemporain.

https://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&v=X4Jqd4XbHEE

Avec de telles influences, nos deux hommes étaient faits pour s'entendre. Curieux d'ailleurs qu'ilsne se soient pas rencontrés plus tôt. Mais peu importe, l'essentiel, c'est leur tête à tête vendredi prochain au Sunside, un rendez-vous à ne manquer sous aucun prétexte !

Agathe Boschel

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