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Musique et musée ont rarement fait bon ménage. Souvent limitées aux biographies documentées de musiciens ou aux aspects sociaux de leurs œuvres, les expositions traitant de musique sont souvent sources de frustration et de déception. Disons-le immédiatement : Great Black Music échappe à ces écueils avec brio. Son secret ? Un travail muséographique et scénique assez ébouriffant porté par un usage intelligent des nouvelles technologies. Le visiteur se voit doté au début de la visite d’un téléphone portable et d’un casque qui permettent d’interagir avec les panneaux de l’expo. Le dispositif fait perdre en convivialité mais apporte une liberté de déambulation rarement ressentie dans un musée : le visiteur y devient le guide de sa propre curiosité et peut se tracer son itinéraire à travers les musiques noires.

Seule obstacle à cette interactivité : la foule, qui sévit sans pitié y compris au plein cœur de l’été. En dépit de celle-ci, certaines salles invitent langoureusement à passer plus d’une demi-journée dans la cité de la musique. Ainsi celle des légendes des musiques noires, où l’on s’égare dans une forêt de pylônes projetant des documentaires biographiques sur Miles, Coltrane, Kassav ou encore Elvis. Les bonnes idées fourmillent tout au long de l’exposition, malgré l’utilisation redondante de la vidéo (11h de film projetées tout de même !) qui finit par imprimer un sentiment de saturation. Mais la liberté du visiteur est poussée à son paroxysme par des installations ludiques et interactives qui me permirent notamment d’exercer la pleine mesure de mes talents graphiques…

GBM - Djam

 

Malgré ces nombreux coups d’éclat, l’exposition laisse un goût d’inachevé liée à son ambition intellectuelle : explorer les points de rupture et de convergence des musiques noires à l’heure où elles sont entièrement mondialisées. Le premier reproche à adresser à cet égard à l’exposition est que ces musiques ne sont jamais réellement définies. A titre d’exemple, les musiques maghrébines (Gnawa marocain ou chaouis algérien) sont-elles réellement des black music ? Le sont-elles au même titre que les musiques d’Afrique noire ou que le blues et la samba ? La frise chronologique révèle malgré elle ce flou en rassemblant pêle-mêle des événements divers parfois étonnamment reliés au thème de l’exposition (le 11 septembre, Jésus, la guerre des Six Jours…)

Les contenus sont aussi parfois décevants, notamment lorsqu’ils évoquent des sujets bien connus. Les biographies de Miles ou de Ellington durent ainsi moins de cinq minutes et glissent fatalement dans l’approximation. Certains genres sont moins mis à l’honneur que d’autres ; le hip-hop étant certainement le grand sacrifié de l’exposition. Ces reproches permettent d’éclairer le projet de Great Black Music. L’exposition ne vise aucunement à répondre à la question de l’unité et de la diversité des musiques noires. C’est d’abord à un parcours personnel qu’invite la cité de la Musique dans des continents et des époques aux contours flous, qui permet à chacun de découvrir des artistes, des musiques ou des instruments inconnus tout en passant rapidement sur d’autres.

La post-visite numérique confirme cette impression : un espace personnel sur Internet est créé après votre visite et vous permet de retracer votre parcours ainsi que toutes les musiques et vidéos contemplées durant celui-ci. Si l’aspect Big Brother effraie malgré tout, cet espace permet ainsi de se constituer une playlist des (re)découvertes observées sur place. Le snobisme proverbial de l’amateur de jazz en est ainsi pour ses frais : d’abord douché par les quelques approximations relevés, je ne cesse depuis trois jours de me gaver de Mbalax, Highlife ou samba. Great Black Music donne envie de danser… Que demander de plus ?

Pierre Tenne

 

 

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