Bill Frisell, Music Is (Okeh/Sony)

Que nous a-t-il encore concocté avec Music Is, cet aventurier qui aime se confronter sans cesse à l’inconnu pour conquérir sa liberté dans le cadre de contraintes sévères ? On sait depuis des lustres que le guitariste Bill Frisell adore aborder avec la même appétence des styles différents. Il passe aussi bien des confrontations bruitistes avec John Zorn qu'au folk, au bluegrass et à la country music sans délaisser le monde du jazz comme au temps de son trio avec Paul Motian et Joe Lovano. Ici, en solo absolu, avec synthétiseur et une pédale qui lui permet de contrôler le volume sonore en une infinité de nuances, il laisse plutôt affleurer les mémoires des musiques populaires de l’Amérique. Et le titre de l’album ne ment pas sur le contenu : la musique est là, elle peut prendre cette forme et nous séduire avec ces tours et détours.

Gageure tenue, Music Is est un petit bijou d’orfèvrerie, une marqueterie de sonorités en contexte minimaliste (pas au sens de la musique minimaliste d’un Steve Reich). C’est un idéal de l’épure, un geste sans tremblements à l’égal de la main d’un peintre d’estampes japonaises qui tient le pinceau d’encre. Parfois, on pense à des formes et des jeux de couleurs à la Joan Miro.

La musicalité et la sobriété vont de pair tout en imposant une présence entre ironie, sagesse et rêverie. C’est l’installation immédiate d’un temps suspendu et c’est délicat, poétique, parfois évanescent. Les mélodies graciles sont effleurées, les rythmes implicites. Cela donne envie de chantonner ; et l’esprit danse. On s’était porté immédiatement à la plage intitulée « Ron Carter », qui ne peut être qu’un hommage au contrebassiste de Miles. On a bien fait : tout y est dit.

Chroniques - par Philippe Lesage - 11 mars 2018


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