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Immanquable!

Henri Texier, Sand Woman (Label Bleu)

Le jeune septuagénaire qu’est le contrebassiste Henri Texier s’octroie le droit de se mettre en scène en archéologue de lui–même. Il a choisi de composer le répertoire de Sand Woman, son dernier album, autour de pièces anciennes qu’il avait enregistrées en solitaire mais en poly-instrumentiste et en re-recording. « Amir », « Les Là-bas », « Quand tout s’arrête » sont puisées dans l’album Amir de 1976 et dans Varech qui lui est de 1977 ;    «Indians» est une pièce plus récente venue des années 1990 ; il y ajoute deux compositions récentes : « Hungry Man » et « Sand Woman » sans qu’il y ait de hiatus tant il y a continuité de la pensée. Pourquoi choisir aujourd’hui cette posture ? Parce qu’il n’avait pas la certitude, confie-t-il dans le texte de pochette, d’en avoir fini dans l’exploration des thèmes et parce qu’il faut toujours aller plus loin, creuser encore, pour faire surgir de nouvelles sensations ?


Ce n’est donc pas à une simple relecture qu’il s’applique mais bien à une mise en chantier de rénovation architecturale : on garde les fondations, les ossatures, la façade mais on fait appel à de nouveaux matériaux, de nouveaux espaces, de nouveaux éclairages. En faisant tourner la roue du destin, non plus en solitaire mais entouré de musiciens d’une autre génération, il réussit à insuffler quelque chose d’ardent et de mélancolique à des compositions qu’il n’avait sans doute pas revisitées depuis des lustres. Avouons-le, la gageure est tenue : la séduction est immédiate tant le chant, la danse et la pulsation, le sens de l’espace, de la mélodie, le mariage des textures répondent présents. C’est si puissant que parfois on a le sentiment d’avoir affaire à une grande formation. J’en arrivais souvent à penser à une dérivation des expérimentations des Jazz Messengers mais revue et corrigée par le bel aujourd’hui.


Le  choix des partenaires n’y est pas pour rien. On se doit de souligner en priorité la respiration rythmique de Gautier Garrigue toujours en affinités électives avec la contrebasse physique du leader. L’assise est là, implacable. Les envolées lyriques en déflagrations jazz rock du guitariste Manu Codjia épousent les growls des clarinettes de Sébastien Texier et les couleurs du sax ténor de Vincent Lê Quang (ce dernier est une belle découverte pour moi).


Fantasque, aérienne et tout à la fois terrienne, la musique qui est une sorte d’invitation au voyage dans l’espace et le temps ne me semble pas totalement en symbiose avec l’image véhiculée par la photo de la femme des sables, allongée sur la plage comme une Ophélie.

Ecoutez la playlist de Henri Texier

Chroniques - par Philippe Lesage - 25 février 2018


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